Histoire de Saint-Louis du Sénégal

image Baobab, emblème du Sénégal



Le Royaume de Ouagadou.
La tradition orale des Sarakolés, fait remonter la fondation de l'Empire à Igo Khassé Dingka (gros vieil homme), ancêtre légendaire des Soninkés. Le pays était alors peuplé de Kakolos ou Kalos qui pratiquaient l'agriculture sur brulis. Les Soninkés étaient des pasteurs nomades .
Les troupes de Igo Khassé Dingka,excellents cavaliers, armés de lances, épées, boucliers, armures de fer, les dominèrent facilement.

La légende raconte que dans la région, un serpent nommé Bida régnait en maître. Pour pouvoir installer le Royaume de Ouagadou, Diabé Cissé un des 6 fils de Igo Khassé Dingka dut négocier avec lui. Le serpent accepta de le laisser installer son empire à condition de lui sacrifier tous les ans (la durée varie selon les versions) la plus belle vierge du Wagadou. En contrepartie Bida accorderait au Royaume de Ouagadou la richesse, l'or et la pluie pour les récoltes.
Un jour le fiancé de la victime choisit de se révolter et trancha la tête du serpent Bida, sa tête roula vers le Sud en emportant la pluie. Il arriva alors une terrible sécheresse et les Kakolos affamés durent quitter le pays à la recherche de nouvelles terres.
Ils seraient les ancêtres des Malinkés et des Bambaras du Mali, des pêcheurs Bozos, et Sorkos du fleuve Niger

Dans une autre version, le serpent Bida possédait 7 têtes qui tombèrent là où se trouveront les 7 mines d'Or de l'Ouest Africain: Bambouk, Bouré, Falémé, Galam, Bondoukou, Lobi.

Dans la variante narrée par Wâ Kamissoko, l'homme qui tua le serpent n'était pas le futur mari de la jeune fille mais son père, Yiramakan (Kamissoko ne précise pas le nom de la jeune fille elle-même). Yiramakan refusa de laisser tuer sa fille et, lorsqu'elle fut livrée au serpent, il se tenait prêt dans les environs, monté à cheval, avec son sabre à double tranchant. Lorsque le serpent sortit du puit où il vivait et baissa la tête pour se saisir de sa victime, Yiramakan s'élanca à cheval et trancha le serpent en deux endroits : un premier coup de sabre coupa la tête et le second un tronçon du cou. La tête s'envola au loin en poussant une plainte et retomba dans la région du Bouré, où elle s'enfonca profondément dans la terre et fut à l'origine de l'or du Bouré. Le tronçon du cou s'envola lui aussi en se plaignant et retomba dans le Djabé où elle s'enfonca également loin sous terre et fut là aussi à l'origine de l'or qui se trouve dans la région. Le reste du corps du serpent sortit lentement du puits, puis s'enroula sur lui-même et pourrit sur place jusqu'à ce qu'il n'en resta que les os. Quelque temps après, une fois l'hivernage passé, au retour de la saison des pluies, une plante nouvelle poussa parmi les os du serpent : le petit mil appelé sa niò (« mil du serpent »). Une sécheresse et une stérilité frappèrent ensuite le Ouagadou pendant sept ans.
Les nombreux descendants de Yiramakan sont nommés Sâko, « les-gens-nés-après-le-serpent ». Wâ Kamissoko précise que Yiramakan avait réalisé des préparatifs magiques avant de tuer le serpent, et qu'il se servit aussi pour le tuer d'une formule magique dont les chasseurs se servent depuis pour préparer des poudres permettant d'éloigner les serpents de leurs campements dans la brousse.

Au IX ème siècle, la Première dynastie des Diao, était fondée par Dia Ogo, installé dans le Tekrour (Toucouleur), il gouverna sous la dépendance de l'Empire du Ghana.
Voici ce qu'en dit Yoro Dyao de cette dynastie Dia Ogo :
«... c'est cette migration qui aurait apporté avec elle dans le pays l'industrie métallurgique. Les forgerons donnent au fer obtenu dans leurs fourneaux le nom de hogo. Si l'on remarque que ce mot fait partie de « Dyahogo », on ne peut manquer de voir là un argument en faveur de la véracité de la tradition. Les gens de cette migration étaient armés de sagaies, sabres, poignards et couteaux en fer ; ceux des grandes familles avaient des armures complètes de ce métal. C’est également cette migration qui aurait inauguré la culture du sorgho( gros mil) dans les terrains d'inondation du Fleuve Sénégal. On dit que le roi d'Égypte sous lequel eut lieu cette migration se nommait Paté Lamine (Ptolomée). Ces deux noms réunis ou pris isolément sont d'un emploi fréquent chez les Sossé (Mandingues), les Malinkés, les Peuls, les Khassonkés, les Sarakholés ; ils sont d'un emploi moins fréquent en pays ouolof. ».

L'Empire du Ghana
Au Xème siècle, à son apogé il s'étendait sur une région qui englobait une partie de la Mauritanie, du Mali. Il comprenaiit outre le Royaume du Ouagadou, le Tekrour, le Sosso, le Mandé et le Diarra et les régions aurifères du Bouré, du Bambouk et Oualata.
En 990 il annexa Aoudaghost.

Après la chute de l'Empire du Ghana, les Sarakholés se sont dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest, donnant ainsi naissance à plusieurs ethnies dont les Bozo, devenus pêcheurs sur le fleuve Niger.
Ces peuples descendants des Sarakholés se dispersèrent à partir du XIIème siècle, en propagant l'Islam, car les Sarakholés font partie des premiers en Afrique subsaharienne à être islamisés.

Ils ont créé également le royaume du Galam au Sénégal, sur la vallée du fleuve Sénégal, ancien royaume qui se trouvait au sud du Fouta-Toro et à l'est du royaume du Djolof. Le roi portait le titre de Tounka. Le royaume a été plusieurs fois vassalisé: par le Djolof à l'époque où celui-ci était un empire, par le Fouta-Toro et par le royaume bambara du Kaarta . Ils vivaient de l'agriculture, du commerce de la gomme arabique, de l'Or et des esclaves, capturés dans les pays voisins.
Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat Sources Gallica-BNF clic...

Vers 1035, à les Sérères de Tekrour défont les Almoravides et leur armée alliée africaine (Peuls et Toucouleurs), les forçant à chercher refuge en Mauritanie. Quoique victorieux dans les batailles contre l'armée de la coalition musulmane, ils ne purent conserver ce statut de vainqueur face à la progression des forces de la coalition et les Sérères seront finalement vaincus.
Après leur défaite, les Sérères de Tekrour refusèrent toujours de se convertir à l'Islam et décidèrent d'abandonner Takrur et de rejoindre leurs parents Sérères éloignés dans le Sine.
Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat

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Dans le Sine, les Sérères pratiquaient leur religion et la noblesse gouvernait sous le titre « Maat » (variantes : Maad ou Mad également Lamane - synonymes de Maad, rois et dénotant noblesse terrienne). Les Sérères ordinaires vivaient de l'agriculture, de l'élevage, de la construction de bateaux, de la pêche, (ancienne tradition sérère) et du passage des fleuves et des rivières pour les personnes.

En novembre 1087, à Saly, le roi Sérère Ama Gôdô Maat, selon la tradition orale, défit le chef Almoravide, Abu Bakr Ibn Omar et il fut lui-même tué par une flèche empoisonnée. Dans la tradition Sérère, Ama Gôdô Maat également connu sous le nom « Bur Haman », était un roi Sérère, pas un fugitif.
Extrait carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat

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C'est entre la fin du XII ème siècle et début du XIII ème siècle que fut bâti l'Empire Djolof, par le clan Ndiaye. La construction de cet État était l'aboutissement du regroupement, et de l'organisation des futurs Wolofs.
En effet, à cette époque en cette région du Djolof, vivaient divers peuples,Toucouleurs, Peuls, Sérères, Soninkés, Maures. Ces diverses peuples, au fil des interactions et des brassages, finirent par créer une culture homogène, ainsi qu'une langue commune, le Wolof. Ensemble ils formeront le peuple Wa-laf, Wa signifiant ceux du pays Laf, Le mot Laf signifiant -la Rive-, Walaf signifie également : les riverains. Les Wolofs d'aujourd'hui. Cet ensemble sous la houlette de Ndiadiane Ndiaye fonderont l'État du Djolof. Le pays Laf comprend toutes les régions du Waalo, Cayor, Djolof, Baol.

En 1335, eu lieu au Kaabu la Bataille de Troubang, une guerre dynastique entre les maisons royales maternelles Guelvar (la famille de Maysa Wali) et Ñaanco (la dynastie régnante maternelle du Kaabu à l'époque), d'où provenaient les Guelvar et la famille régnante Ñaanco.
La tradition orale Sérères, dit que, Maysa Wali a agi comme conseiller juridique du Grand Conseil des Lamanes composé de nobles Sérères, qui après sa défaite à Troubang, lui accordèrent l'asile pendant 15 ans, avant de le faire élire et couronner roi du Sine par la noblesse Sérères et la population générale en 1350.

Après 10 ans sous le règne de Maysa Wali (10 mois d'hiver), Ndiadiane Ndiaye monta sur le trône du Djolof. Selon les Sérères, à la fois le nom et le prénom de Ndiadiane Ndiaye sont d'origine sérère.D'après la tradition orale wolof Mame Coumba Ndiaye (ou Kumba Ndiaye) est une déesse Sérère dans la Religion sérère, une religion qui est antérieure à l'Islam ainsi que le mouvement almoravide

En 1360, Ndiadiane Ndiaye, était nommé 1er Bourba Djolof, son empire comprenait le Cayor, le Baol, le Waalo, le Sine et une partie du Fouta Toro et du Bambouk.
Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat

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La tradition oral Sérères et Wolofs sont d'accord qu'après la mort du père de Ndiadiane Ndiaye, Fatoumata Sall se remaria et eut un fils appelé Barka Bo communément appelé Barka Mbodj ou Mbarka Mbodj qui était un demi-frère de Ndiadiane Ndiaye et ancêtre de la dynastie paternelle des Mbodj du Waalo.
Selon la tradition orale wolof, il a été initialement estimé que, Ndiadiane Ndiaye était le fils d'Abu Bakr Ibn Omar ,aussi connu sous le nom d'Abou Dardai un chef de guerre Almoravides qui a été battu en novembre 1387, par Ama Gôdô Maat (tué par une flèche empoisonné) et Fatoumata Sall, la première Linguère (Toucouleurs)

Selon la tradition orale Sérères, Ndiadiane Ndiaye monta sur le trône du Djolof sous le règne de Maad a Sinig Maysa Wali Jaxateh Manneh communément appelé Maisa Wali Dion (le premier Guelvar à régner sur les Sérères du Royaume du Sine).
La tradition orale sérère a poursuivi en disant que, à la fois Maysa Wali et Ndiadiane Ndiaye (roi du Sine et du Djolof, respectivement) montèrent sur le trône après la Bataille de Troubang
Barkar Mbodj a été le premier Brak du Waalo du patrilignage Mbodg. Selon les Wolofs, le père de Barka Mbodj était un esclave d'Abu Bakr Ibn Omar.
Selon les Sérères, Mbarick Bo ou Mbarik Bo, le père de Barka Bo, était un prince Bambara, de la dynastie Massassi des Bamana (Bambara) de Kaarta et non pas un esclave, et affirme que, le nom de "Bo" a été wolofisée à "Mbodj" (ou Mbooj), tout comme le nom de famille Peuls "Bâ" (ou Bah) a été wolofisée à "Mbacké".
Il est généralement admis au sein de la tradition orale Sénégambienne, ainsi que dans le monde académique que les Wolofs sont un mélange de Sérères, Pulaar(Peuls) , Soninkés et d'autres groupes ethniques.
Bien que Ndiadiane Ndiaye et ses descendants (la famille Ndiaye du Djolof) soient ethniquement Sérères à l'origine, ses descendants sont devenus wolofisée et assimilés dans la culture wolof. Seuls les membres de cette famille qui se sont installés dans les royaumes sérères du Sine et du Saloum se sont identifiés comme Sérères et a adopté la culture et la tradition Sérère.

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853 - Source Gallica - BNF Clic...



Premier contact par des marchands français

En novembre 1364, sous le règne de Charles V le Sage (Valois), des marchands français Dieppois équipèrent deux vaisseaux de 100 tonneaux, qui firent voile vers les Îles Canaries, ils arrivèrent vers Noël au Cap-Verd, et mouillèrent devant Rio Fresco (Rufisque) dans la Baye, qui conserve encore le nom de "Baye de France".
Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l'intelligence de leur histoire rédigée en 1853 par D. Boilat

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Les habitants de ces côtes, accouraient de tous les côtés pour les voir,mais refusèrent de monter dans les vaisseaux, jusqu'à ce qu'ils aient remarqués, que ces gens, bien éloignés de leur faire du mal, leur firent présent de quantité de bagatelles, qui les surprirent. En échange ils offrirent du morfil, de l'ivoire, des cuirs, et de l'ambre gris. En partant, les Dieppois firent comprendre qu'ils reviendraient les années suivantes, et leur demandaient de faire provisions de ces marchandises.
Voulant poussé plus avant les Dieppois, passèrent le Cap-Verd ( qu'ils nommèrent ainsi à cause de la verdure qui l'ombrageait), et courant au Sud Est , ils arrivèrent à Boulombel (renommé Sierra Leone par les Portugais), ils passèrent le Cap de Moulé et s'arrêtèrent à l'embouchure d'une petite rivière près de Rio Sextos, où se trouvait un petit village qu'ils nommèrent le Petit Dieppe à cause de la ressemblance du Hâvre et du village, situé entre deux coteaux.
Là ils achevèrent de prendre leurs charges de morfil, et de poivre appelé maniguette, et rentrèrent à Dieppe, où ils arrivèrent à la fin mai 1365. Ils firent des profits qui ne se peuvent exprimer, n'ayant demeuré que six mois dans leur voyage.

La quantité d'ivoire qu'ils apportèrent de ces côtes, donna coeur aux Dieppois d'y travailler, et y ont si bien réussi qu'ils purent se vanter d'être les meilleurs Tourneurs du Monde en fait d'ivoire.

En septembre 1365, les Marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et firent partir quatre vaisseaux, dont deux devaient Traité depuis le Cap-Verd jusqu'au Petit Dieppe et les deux autres aller plus avant pour découvrir les côtes.
Un des vaisseaux des "Marchands de Rouen" qui devait passé plus outre, s'arrêta au Grand Sextre, sur la côte dit des Maniguettes, et y trouva une si grande quantité de poivre,qu'ils crurent devoir s'en charger, et ne pouvoir faire profit ailleurs. L'autre passa outre. Le grand accueil, et la douceur des habitants de ce lieu, joint à la rivière et à la richesse de ce poivre, appelé en France "Graines de Paradis", firent qu'ils appelèrent ce lieu Petit Paris.

Carte Sénégal 1690 (source: Gallica - BNF)

Carte Sénégal 1690 (source: Gallica - BNF)



Pendant ce temps, les vaisseaux Dieppois, faisaient leurs charges sur ces côtes, qu'ils connaissaient. Après 7 mois, ils rentrèrent à Dieppe, à trois semaines d'interval, richement chargés de cuirs, d'ivoire et de poivre, qu'ils vendirent aux autres Nations.

Le deuxième vaisseau des Marchands de Rouen, passa la Côte des Dents (Côte d'Ivoire), et poussa jusqu'à la Côte d'Or (Ghana), d'où il en rapporta peu, mais quantité d'ivoire. Comme ces peuples ne leur avaient pas fait grand accueil, surtout ceux de la Côte des Dents, qui étaient très méchants, les "Marchands de Rouen", sur le rapport de leurs commis, se bornèrent au Petit Dieppe et au grand Sextre ou Petit Paris.

En 1375, les grands profits de ce poivre, incita les étrangers à faire de même. Mais voyant que les français avaient partout des loges, comme à Cap-Verd, Sierra Leone, et Cap Moulé, le Petit Dieppe et grand Sestre, et que les "Mores" les aimaient et ne souffraient les autres, ils abandonnèrent le commerce.

En septembre 1380, sous le règne du Roi français Charles VI, dit le Bien aimé ou le Fou

Portrait de Charles VI de France vers 1380. Biblioteca Universitaria de Ginevre

Couronnement de Charles VI (12 ans) en 1380)


Les "Marchands de Rouen" et les Dieppois, voyant le profit diminuer à cause de la grande quantité de marchandise que les français et les étrangers apportaient des côtes africaines, résolurent de renvoyer un vaisseau, au même endroit plus bas, ou seize ans plus tôt, le premier vaisseau avait trouvé de l'Or.
Ils équipèrent à Rouen un vaisseau du Port d'environ 150 tonneaux appelé "Notre Dame du bon voyage", qui arriva en décembre 1380 à la Rade des Lieux, où seize ans auparavent, ils avaient été.
Les habitants qui savaient, que les occupants les terres plus avancées, recherchaient leurs marchandises, apportèrent quantité d'Or en échange.

Le 28 septembre 1381 trois vaisseaux : la « Vierge », le « Saint-Nicolas » et l'« Espérance » furent envoyés par les Marchands de Rouen et les Dieppois.

Sources : Relation des Costes d'Afrique appelées Guinée de Nicolas Villault, Ecuyer et Sieur de Bellefond, lors de son voyage fait en 1666 et 1667 et publiée en 1669 chez Denys Thierry, rue Saint-Jacques à l'Enseigne de la Ville de Paris. Pour télécharger le livre Gallica-BNF - clic

En août 1392, dans la forêt du Mans, après la tentative d'assassinat du 13 juin 1682 de son Connétable (Chef des armées du Roi) Olivier V de Clisson (surnommé le "boucher", à cause de sa cruauté au combat), par Pierre de Craon le Grand, le Roi de France Charles VI a une première crise de démence. Il attaque sa propre troupe et tue quatre personnes avant d'être maîtrisé. Sa lucidité revient après deux jours.

Le 28 janvier 1393, à l'Hôtel Saint-Pol, situé à Paris (quai des Célestins), pour célébrer le remariage d'une de ses dames de compagnie, Catherine l'Allemande, veuve du sir de Hainceville, avec un jeune Chevalier de Vermandois; la Reine Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI, organisa un Bal masqué .
À l'occasion d'un remariage, il est de coutume d'organiser des mascarades ou charivaris, caractérisés par « toutes sortes de frivolités, déguisements, désordres et jeux d'instruments bruyants et dissonants accompagnés de claquements de cymbales ».
C'était un Mardi suivant le jour de la Chandeleur, la journée se déroula gaiement en fêtes et banquets. Toute la cour était invitée aux festivités qui se poursuivirent le soir par un bal organisé à l'Hôtel Saint-Pol. Après la présentation des musiciens, ceux-ci commencent à jouer. Les convives se mettent à danser au son des trompettes, des flûtes et des chalumeaux et d'autres instruments de musique. Ainsi débute le charivari.
Les nobles les plus proches du roi, les Ducs Louis 1er Duc d'Orléans, Jean 1er Duc du Berry et Philippe II de Bourgone dit le Hardi et leurs épouses sont présents à l'événement.
Sur une idée de Hugonin de Guisay, un écuyer d'honneur normand de la cour, le roi Charles VI et cinq autres de ses compagnons; Jean III de Noyers, Comte de Joigny, un jeune et gentil chevalier; Messire Charles de Poitier, fils du Comte de Valentinois; Messire Yvain de Galles, un bâtard de Gaston III de Foix-Béarn; et Ogier, un fils du Seigneur de Nantouillet décident d'animer la fête en se déguisant en « sauvages ».

Des costumes en lin sont cousus directement sur eux, puis enduits de poix recouverte de plumes et de poils d'étoupe, dans le but d'apparaître « poilus et velus du chef jusques à la plante du pied ». Des masques composés des mêmes matériaux sont placés sur leurs visages pour dissimuler leur identité à l'assistance.
Messire Yvain de Galles, avisa le roi Charles VI du danger que représentaient les torches, qui risquaient de mettre le feu aux déguisements hautement inflammable, et conseilla de surtout ne pas s'en approcher. Le roi Charles VI fit venir un huissier d'armes qui était à l'entrée et commanda que toutes torches ou torchins, et ceux qui les portaient, se placent le long des murs, et que personne n'approche les danseurs, jusqu'à ce que les six hommes sauvages se retirent.

Louis 1er Duc d'Orléans, frère du roi arriva par la suite accompagné de quatre chevaliers munis de six torches, ignorant la consigne royale concernant les torches, et les six danseurs,qui devaient venir déguisés en sauvage dont le roi Charles VI. Il regardait les danseurs et commençait à danser. La noce battait son plein lorsque les lumières s'éteignirent et que les six sauvages se glissèrent au milieu des invités, gestuelles et cris à l'appui. À part le roi Charles VI, qui précédait, les cinq autres étaient liés entre eux. D'abord surpris, les invités se prennent au jeu. L'historien Jan Veenstra explique que les six hommes hurlaient comme des loups, lançant des obscénités à la foule et invitant l'audience à tenter de deviner leur identité dans une « frénésie diabolique ».
Charles VI se sépara du groupe, et passant devant la Reine Isabeau de Bavière, se dirigea vers Jeanne II d'Auvergne et de Boulogne, Duchesse de Berry, sa tante la plus jeune. Celle-ci l'attrapa et voulut savoir qui il était, le Roi refusant de se nommer, elle lui dit qu'il ne lui échapperait pas, tant qu'elle ne saurait pas son nom.
Intrigué par les danses de ces étranges sauvages, le frère du roi, Louis 1er Duc d'Orléans, pour mieux voir qui se cachait sous les masques, approcha du groupe des cinq danseurs, la torche, qu'un de ses valets tenait devant lui, mis le feu au lin, qui une fois enflammé est sans remède. La flamme du feu échauffa la poix, et les cinq danseurs prirent feu, en hurlant de douleur. Quelques chevaliers tentèrent de les aider, mais la poix enflammé leur brûla les mains. L'un des cinq, Messire Ogier de Nantouillet, réussissant à se libérer des entraves, se jeta dans une cuve pleine d'eau, qui servait à rincer la vaisselle, ce qui le sauva.

Lorsqu'elle se rend compte que le roi figure parmi les sauvages, la reine Isabeau de Bavière s'évanouit. Le roi ne doit son salut qu'à la présence d'esprit de sa tante Jeanne II d'Auvergne et de Boulogne, Duchesse de Berry, épouse de Jean 1er Duc du Berry, alors âgée de quatorze ans, qui l'enveloppa immédiatement de sa robe et de ses jupons pour éviter les flammes, celui-ci voulut fuir, mais elle lui demanda qui il était et où voulait-il aller, ses compagnons étant en feu. Le roi Charles VI se nomma, et elle lui conseilla de changer rapidement de vêtement et de rejoindre la Reine Isabeau de Bavière. Le roi regagna aussitôt sa chambre pour se changer.

Messire Yvain de Foix, quant à lui, criait: "Sauvez le Roi, Sauvez le Roi !" , et se libérant tenta d'atteindre la porte, mais transformé en torche vivante, il n'y parvient pas.
La scène vire rapidement au chaos, alors que les compagnons hurlent de douleur dans leurs costumes, et que certains membres de l'assistance, également victimes de brûlures, tentent de secourir les infortunés.

À minuit, dans la salle de l'Hôtel Saint-pol à Paris, des quatres qui brûlèrent, il y eut deux morts sur place, les deux autres Yvain de Foix et Jean III de Noyers, Comte de Joigny, furent transportés à leurs hôtels et moururent dans les deux jours suivants.

Louis 1er Duc d'Orléans reconnut être responsable devant le Roi, qui accepta ses excuses.

Bal des ardents par le Maître d'Antoine de Bourgogne (années 1470), montrant un danseur dans le tonneau de vin au premier plan, Charles s'abritant sous les jupons de la duchesse au milieu à gauche, et des danseurs « ardents » au centre. Chroniques de Froissart, BNF, vers 1470.

Bal des ardents par le Maître d'Antoine de Bourgogne (années 1470), montrant un danseur dans le tonneau de vin au premier plan, Charles s'abritant sous les jupons de la duchesse au milieu à gauche, et des danseurs « ardents » au centre. Chroniques de Froissart, BNF, vers 1470.



Miniature en couleurs : Charles VI sauvé par sa tante (source: Gallica - BNF)

Miniature en couleurs : Charles VI sauvé par sa tante
Détail de Jeanne d'Auvergne et de Boulogne, duchesse de Berry, portant un haut hennin en forme de cône, et protégeant Charles VI des flammes avec ses jupons.

Représentation du « Bal des ardents ». Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles, tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart. British Library, Harley 4380, fo 1

Représentation du « Bal des ardents ». Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles, tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart. British Library, Harley 4380, fo 1(source: wikipédia )



Extrait des Chroniques de Froissart Pour télécharger Gallica-BNF - cliquez ici

L'événement est relaté avec une grande précision par le moine de Saint-Denis Michel Pintoin, qui écrit que « quatre hommes sont brûlés vifs, alors que leurs organes génitaux tombent au sol, générant un fort épanchement de sang ». Seuls deux danseurs survivent à la tragédie : le roi et le Sieur de Nantouillet, tandis que le Jean III de Noyers, Comte de Joigny meurt sur place, et qu'Yvain de Foix et Aimery de Poitiers agonisent de leurs brûlures durant deux jours. L'instigateur de la mascarade, Hugonin de Guisay, survivra un jour de plus, « en maudissant et insultant ses camarades, les morts comme les vivants jusqu'à son dernier souffle »

L'événement achève de saper la crédibilité du souverain dans sa capacité à assurer la gestion du royaume. L'incident, qui témoigne de la décadence de la cour, suscite la colère des Parisiens qui menacent de se rebeller contre les régents et les membres les plus importants de la noblesse. L'indignation de la population contraint le roi et son frère, Louis 1er Duc d'Orléans, qu'un chroniqueur contemporain accuse de tentative de régicide et de sorcellerie, à faire pénitence à la suite de l’évènement.

Quelques jours après le drame, très choqué, Charles VI publie une ordonnance par laquelle il confie, en dehors de ses périodes de lucidité, la régence à « son cher et très aimé frère Jean 1er Duc du Berry, comte de Valois et de Beaumont, tant pour le bien, sens et vaillance de lui comme pour la très singulière, parfaite loyale et vraie amour qu'il a toujours eue à nous et à nos enfants ». Mais Jean 1er Duc du Berry étant jugé trop jeune, la régence échoit à ses oncles les ducs Jean 1er Duc du Berry et Philippe II de Bourgone dit le Hardi. Charles VI n'a pas encore vingt-cinq ans

Ces accès de folie intermittents assombrissent son règne, des guerres civiles se succèdèrent, la part que prirent les Ducs de Normandie, aux troubles de la France, exposa les Normands aux même disgrâces.
La mort des principaux négociants achevèrent de mettre les affaires de la « Compagnie normande» dans la confusion. Mais la principale cause de la ruine fut l'ambition de ceux qui s'étaient enrichis par ce commerce, qui dédaignèrent la source de leur fortune et s'allièrent avec la Noblesse pour faire perdre le souvenir de leur origine.
Ainsi, la « Compagnie normande » s'affaiblissant, ses plus florissants comptoirs tombèrent aussi. Les plus éloignés tombèrent les premiers.
À la fin du XVI ème siècle, il restait celui du Niger, qui fut nommé ensuite « Île de Sénéga », et aujourd'hui « Île Saint-Louis » . Les successeurs de la première « Compagnie de Dieppe et Rouen », n'ont jamais cessés d'occuper ce poste, et d'y entretenir des Directeurs et des Facteurs pour la conduite de leur commerce.

Portrait de Charles VI de France vers 1412. Biblioteca Universitaria de Ginevre

Portrait de Charles VI de France vers 1412



Encouragés par l’Infant Henri le Navigateur et toujours à la recherche de la route des Indes, sans oublier l’or et les esclaves, les navigateurs portugais explorent les côtes africaines et s’aventurent toujours plus au sud.
En 1444 Dinis Dias passe au large de l’embouchure du fleuve Sénégal pour atteindre le point le plus occidental du continent africain, qu'il nomme Cabo Verde, le Cap-Vert, en raison de la luxuriante végétation qu'il y observe. Il atteint également l'Île de Gorée que ses habitants désignent sous le nom de Berzeguiche et qu’il baptise Ilha de Palma, l’île des Palmes.
Les Portugais ne s’y installent pas de manière permanente, mais utilisent le site pour y faire escale et pratiquer le commerce dans la région. Ils y construisent néanmoins une chapelle en 1481.
Des comptoirs portugais sont également installés à Tanguegueth dans Cayor, une localité qu’ils renomment Rio Fresco (le futur Rufisque) à cause de la fraîcheur de ses sources, dans le Baol à Saly (la future station balnéaire de Saly) qui prend le nom de Portudal, ou encore à Joal dans le Royaume du Sine.

Le 30 décembre 1556, le capitaine anglais Guillaume Towrson rencontra, à 50 lieues au delà de la rivière Sextros, trois vaisseaux français: l'"Espoir" commandé par Denis Blondel, le "Laurier de Rouen" commandé par Jérôme Baudet , et le "Honfleur" commandé par Jean d'Orléans, qui venaient de combattre une escadre portugaise; il est lui même attaqué au Cap-Verd par un corsaire français de 90 tonneaux. Il sait que les français étaientt établis à l'Rufisque et à île de Gorée; que les africains les connaissaient très bien, et qu'il y est passé, cette année là, cinq de leurs vaisseaux.

En 1558 les Dieppois à bord du vaisseau la "Galaire" se rendirent au Cap-Verd et à l'embouchure du Sénégal, c'était la première mention d'une navigation française à l'embouchure du Sénégal.

Le 3 mai 1588, par Lettres patentes, Elisabeth, Reine d'Angleterre, accorda aux marchands de la ville d'Exester et à la ville de Londres le trafic à la rivière Sénégal et à la Gambia en Guinée. Elle donna pour dix ans, aux membres de cette Compagnie, le privilège d'aller à la rivière Sénégal, à la ville de Bisequiache ou Barzaquiche, située près du Cap-Verd, sur la côte, à Rufisco-Viejo ou Rufisque, à quatre lieues de Besegalache, à Palmerin à deux lieues plus loin, à Portudal et à Joal, et enfin à Gambia.
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Portrait d'Elisabeth 1ère d'Angleterre , par Claude Lefebvre, huile sur bois, 1.13 x0.787 m. vers 1575. National Portrait Gallery - Londres

Portrait d'Elisabeth 1ère d'Angleterre vers 1575



Les Dieppois, y commerçaient depuis trente ans, et n'y envoyaient pas moins de quatre à cinq vaisseaux chaque année. Ils remontaient ordinairement la rivière Sénégal avec deux barques, tandis que leurs chaloupes allaient à Portudal, et dans cinq ou six autres villes. Ils avaient acquis l'amitié des africains, et en étaient aussi bien reçus que s'ils fussent nés dans le pays.

En 1626, sous l'impulsion du Cardinal Duc de Richelieu, s'organisa officiellement la première association de marchands Rouennais et Dieppois pour l'exploitation commercial du Sénégal et de la Gambie, sous le nom de «Compagnie Normande de Rouen ». Thomas Lombard est nommé Directeur.


Portrait du Cardinal Duc de  Richelieu , par Philippe de Champaigne. National Portrait Gallery - Londres
Portrait du Cardinal Duc de Richelieu



En 1628, à l'embouchure du Sénégal, le capitaine Dieppois Bontemps, enleva sur la rade deux vaisseaux anglais le « James » et le « Bénédiction » de 30 canons. Ils portaient 180 esclaves « Africains » et une cargaison estimée à 130.000 livres.

En 1631 Thomas Lombard, Directeur de la «Compagnie Normande de Rouen » décède à Saint-Louis au Sénégal, il est remplacé par Jacques Fumechon.

Le 23 janvier 1633, la Compagnie Normande de Rouen obtint le privilège royal de la "Traite négrière" et du commerce sur les côtes du Sénégal, Cap-Verd, rivière de Gambie, et de la côte de Guinée, pendant 10 ans.

Le 11 octobre 1635, en Rade de Dieppe, le Révérend Père Bernardin de Renoüard et le Père Alexis de Saint-Lo, Capucins, s’embarquèrent à bord d’ un vaisseau commandé par le Sieur Emery de Caën, chef et Capitaine.

Le 3 novembre 1635, ils arrivèrent dans la Rade de Rufisque, des canots l’abordèrent et des africains montèrent à bord pour les saluer, l’un d’eux nommé Cour, considérant le Père Alexis de Saint-Lo, demanda au Capitaine Thomas Grégoire qu’il connaissait bien, si c’ était sa femme, déclenchant des éclats de rire. Ils y donnèrent une première Messe après huit ans.

Carte 1690 du Sénégal (Source Gallica - BNF)
Carte 1690 du Sénégal (Source Gallica - BNF)



Le 6 et 7 novembre 1635, se passèrent dans les vaisseaux à payer les Coutumes à l’ Alkaire (Langue du Roy) et ses Frippons (nom qu’ils pensaient être d’ une qualité fort honorable) de Rufisque.

Le 8 novembre 1635, le Révérend Père Bernardin de Renoüard et le Père Alexis de Saint-Lo, accompagnèrent, en pique-nique, deux jeunes hommes de Paris, venus voir le pays, à une lieue dans les terres. Ils étaient escortés par une douzaine d’enfants africains, dont le plus vieux n’avait pas atteint l’ âge de 8 ou 10 ans. Ils leur donnèrent des biscuits et de l’Eau de vie. Ils cheminèrent jusqu’au Village de la Grande Langue du Roi (Damel), où l’ Alzair les reçu en leur offrant de l’ Eau de vie et du Vin de palme.

Le 8 novembre 1635, ils baptisèrent neufs personnes et se rendirent, avec Emery de Caën, à un dîner chez l’ Alzair, le repas fut préparé par le cuisinier du Gouverneur. Puis ils se rendirent au Lougar, c’est à dire aux Champs où étaient le Mil, à portée de deux fois un Mousquet. Là étaient parqués les boeufs, ce qui servaitt d’ engrais à la terre. En l’espace de 2 ou 3 jours, le Mil poussait de 2 à 3 doigts.

Ensuite, ils allèrent rendre visite à l’ Alzair du Cap-Gaspar, ayant entendu dire qu’ il était Chrétien. Cela faisait plus de trente ans, qu’il n’avait vu de Prêtre. Ils furent accompagné à Rufisque par un africain. Distant de trois lieues, le guide était nécessaire, attendu qu’ils passaient par le Village de Riache, dont les habitants, refusant le commerce avec les français, étaient rudes et malicieux.
L’ Alzair les reçut, il fit un Signe de croix et leur montra les portraits du Roi de France et du Roi Espagne. Ils lui demandèrent s’il n’avait pas d’autres objets de dévotion, et lui promirent de lui en rapporter.
L’Alzair était né dans les îles du Cap-Verd, il avait été pris captif et amené sur les terres du Damel et fait Alzair du Cap-Gaspard. Un de ses fils, parlait assez bien français, il avait passé cinq ou six ans en France, y avait été baptisé, et avait porté les Armes pour le Roy Louis XIII au Siège de la Rochelle, commandé par Armand Jean du Plessis de Richelieu du 10 septembre 1627 au 28 octobre 1628.

Portrait de Louis XIII , par Philippe de Champaigne (Europicture.de)
Portrait du Roi Louis XIII


Siège de La Rochelle - Peinture d'Henri Motte de 1881 - Musée d'Orbigny Bernon
Le Cardinal Richelieu au siège de La Rochelle



Ils lui parlèrent du Christiannisme et de ceux qui ne suivaient pas ses Lois. L’ Alzair répondit en joignant ses mains et effleurant des yeux le Ciel: « Mais hélas! Mon Très révérend Père, Un Ethiopien peut-il changer sa peau noir en une blanche, et ce vieil africaiin ses mauvaises habitudes en bonnes ?»; au déplaisir du Père Alexis de Saint-Lo, qui considérait l’ Alzair, comme très brutal et suivant les coutumes du pays, avait pris plusieurs femmes et avait la réputation d’ être extrêmement débauché.
Bien qu’il lui eut promis de se confesser et de venir à Rufisque entendre la Sainte-Messe et y communier, l’ Alzair négligea sa promesse.
Ils dormirent sur place et retournèrent à Rufisque le lendemain.

Le 19 janvier 1636, le Révérend Père Bernardin de Renoüard et le Père Alexis de Saint-Lo se rendirent dans la Barque du Vice-Amiral, en compagnie du Capitaine Thomas Grégoire, à Portudal. Le Sieur Emery de Caën arriva deux jours après. Ils furent accueillis par les Portugais. En trois jours ils y firent construire une Chapelle. Le Capitaine portugais Martin Diez, possédait une image de la Vierge d’un pied de haut, rescapée du naufrage de son navire, où tout l’équipage avait péri, excepté lui. L’ image fut apporté en procession à la Chapelle au son des "Avé Maria.

Le 3 février 1636, le Révérend Père Bernardin de Renoüard et le Père Alexis de Saint-Lo, visitèrent le Port de Joal, colonie portugaise.

Le 8 mai 1636 vers Minuit, à Portudal, le Révérend Père Bernardin de Renoüard et le Père Alexis de Saint-Lo, embarquèrent pour Rufisque à 25 lieues, ils mirent 8 jours pour y parvenir. Les Directeurs de la «Compagnie du Cap Vert et du Sénégal" étaient: Monsieur de Lozen, Monsieur Rosée et Monsieur le Conseillier Caron.

Source: "Relation du voyage du Cap-Verd" par le Révérent Père Alexis de Saint-Lo, Capucin, édité en 1637 à Paris, chez François Targa, au premier pilier de la grande Salle du Palais, devant la Chapelle, au Soleil d’or.Pour télécharger le livre Gallica - BNF clic...

Le 5 novembre 1637 à Dieppois,  Claude Jannequin, Sieur de Rochefort, s 'embarqua à bord d'un vaisseaux de 200 tonneaux , en qualité de secrétaire de son Capitaine Thomas Lambert, en partance pour le Sénégal. Ils arrivèrent sur la Côte de Barbarie, et la suivirent jusqu'au Cap Blanc, où ils relâchèrent, afin d'y construire des barques, nécessaires pour entrer dans la rivière Sénégal. Les habitants des Côtes n'osaient pas s'approcher pour faire commerce du poisson qu'ils pêchaient avec des flèches.

Ils prenaient la fuite au moindre bruit venant du vaisseau ou du chantier de construction des barques.
Le vaisseau fut laissé à l'ancre et le Capitaine Thomas Lambert, avec la plus grande partie de son équipage, entra dans la rivière, et aborda à 3 lieues de l'embouchure au Village de Bieurt ou Bièvre.

Le Capitaine Thomas Lambert, directeur de la Compagnie Normande de Rouen, après entente avec un indigène, nommé "Jean Barre" propriétaire de l'Île Bocos (Babaghé ?), s'établit à la pointe de Bieurt ; où il commença l'édification d'une construction en briques destinée à ses commis.

Carte 1740 du Sénégal (Source Gallica - BNF)
Carte 1740 du Sénégal par Bellin (Source Gallica - BNF)



Là ils bâtirent, avec le secours des africains, une maison pour se mettre à l'abri. Pendant qu'une partie de l'équipage faisaient cuire les briques pour l'édifice, d'autres s'occupèrent à décharger les marchandises et payer les droits qui revenaient à quatre Princes du Pays, et trafiquer avec les africains. D'autres furent employés dans les bois à couper des branches fourchues, pour bâtir un pont sur la rivière, qui devait servir à recevoir les cuirs des africains et charger les barques. Enfin d'autres allèrent à la chasse aux cerfs et aux sangliers. Le plus pénible restant la chaleur et la difficulté à trouver de l'eau.
Quatre ou cinq jour, après leur arrivée, les français virent venir deux « Alkades Africains », fort bien montés, avec la qualité d'Ambassadeur ; l'un de la part du Damel du Cayor Biram Mbanga Khouredia Kouly Fall, avec qui le Capitaine Thomas Lambert avait contracté des liens d'amitié dans un voyage précédent, pour l'assurer de sa protection sur son territoire ; l'autre de celle du Brak du Waalo, avec qui le Capitaine avait eu quelques différents, qui le félicita néanmoins de son arrivée en lui proposant une réconciliation.
L'Ambassadeur du  Damel, Biram Mbanga Khouredia Kouly Fall fut congédié avec les droits ordinaires et des présents pour son Maître, qui consistaient en barres de fer, linge, des aunes de Frize rouge et bleue, de l'Eau de vie, du miel, de l'argent, des bracelets, des piques, des miroirs, des couteaux, des grains de verre, du cristal, et du papier. Il fut chargé de dire à son Maître que ses sujets pouvaient se rendre librement sur la Côte pour le trafic.
L'Ambassadeur du « Brak » reçut aussi des présents, pour son Maître, avec ordre de lui demander quelque diminution des droits, le Capitaine Thomas Lambert ayant depuis peu perdu un vaisseau: le « Marie » surnommé le « Sénégalais », ancienne prise anglaise de 1628, et qui avait sauté dans le port de Dieppe, le jour de la Saint-Mathias en 1637.
La maison achevée, avec beaucoup de peine et sous le harcèlement de petites mouches appelées « Marignons » ou « Maringouins », et les provisions commençant à manquer, ils remontèrent la rivière à bord des barques, pour faire le commerce des cuirs, de l'ivoire, de la gomme, des plumes d'autruche, de l'ambre gris et de l'Or.
D'après Claude Jannequin, les deux rives, jusqu'à Terrier Rouge, sont une verdure continuelle fait de Palétuviers. Dans tous les lieux de leur passage, les chefs africains venaient leur rendre des civilités et leur apportaient pour présents des sangliers qu'ils tuaient avec leur sagaies, ou prenaient dans des filets ou des trappes. Ils leur furent utiles en mille occasions, pour la pêche ou la chasse et comme guide dans une infinité de lieux.

Sénégal carte Delisle de 1707

Les principaux « Princes » dont ils rapportent le nom sont : le « Damel », Roi des Africains de Lybie ; le « Brak », Roi des « Foulis » ; le « Kamalingo », Roi ou Chef des "Maures" de Barbarie ; et le grand « Samba Lamma », Roi des "Maures" et des « Barbariens » qui bordent « Tombuto ». Les trois premiers sont tributaires du « Samba Lamma », dont la Couronne est héréditaire. Les seigneurs africains sont les  Alkhadis ou chef de village, et les « Marbuts » ou les Prêtres.
Claude Jannequin n'eut aucune aventure extraordinaire dans ce voyage, mais il fit le récit d'un combat dont il fut le témoin, entre le « Kamalingo », fils de « Samba Lamma » et un lion terrible. Ce Prince voulant faire connaître son courage et son adresse aux français, les fit monter sur des arbres, près d'un bois fréquenté par des bêtes farouches. Il montait un excellent cheval et ses armes n'étaient que 3 javelines, appelées « Sagaie », avec un couteau à la mauresque. Il entra dans la forêt, ou rencontrant un lion, il lui fit une blessure à la fesse. L'animal accourut vers son ennemi, qui feignit de fuir, pour l'attirer dans le lieu où il avait placé les français. Alors le « Kamalingo », tournant tout d'un coup, l'attendit d'un air ferme et lui lança une seconde « Sagaie », qui lui perça le corps. Il descendit aussitôt de son cheval, il alla au devant du lion, qui venait à lui la gueule ouverte avec un furieux rugissement. Il lui enfonça sa troisième Sagaie dans la gueule même, et ensuite sautant sur lui le couteau à la main, lui coupa la gorge. Après la victoire, qui lui coûta une légère blessure à la cuisse, il prit quelques poils du lion, et les attacha comme un trophée à son bonnet.
Claude Jannequin confessa que les africains de ce pays l'emportait tellement sur les Européen pour la force et le courage, qu'un de ces Barbares, renversait aisément d'une seule main le plus robuste des français.

À la saison des pluies de juillet à octobre, les français eurent le désagréable surprise de voir le premier étage de leur maison rempli d'eau et ne pouvoir sortir qu'avec de l'eau jusqu'aux épaules, ce qui accéléra les préparatifs de départ.

L'édifice terminé en 1641, du personnel y fut laissé à demeure. Fortifié en 1643, c'est la première installation fixe des français au Sénégal.

Sources : Voyage de Lybie au Royaume de Sénéga, le long du Niger fait de 1637 à 1639 par Claude Jannequin, Sieur de Rochefort Chalonnais, édité chez Charles Rouillard, rue Saint-Jacques, à l'enseigne la Fleur de Lys en 1643. Pour télécharger le livre Gallica - BNF clic....

En 1641 Jacques Fumechon, directeur de la «Compagnie Normande de Rouen» au Sénégal retourne en France, il est remplacé par Jean Colter.

En 1648, Jean Colter, Directeur de la «Compagnie Normande de Rouen», au Sénégal retourne en France, il est remplacé par De Soussy.

Suite...1650-1699