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Histoire de Saint-Louis du Sénégal

En 1750, Sieur Michel Adanson fait un voyage à l'île de Gorée et poussa jusqu’à Albreda en Gambie avec Pierre Estoupan de la Brüe et son frère Blaise Estoupan de Saint-Jean, Gouverneur de l'île de Gorée, qui allaient rétablir le Comptoir, détruit par les anglais en 1745. De retour à l'île de Gorée, il parcourut la presqu’île de Dakar et les rivages du Cap-Verd.

Carte de l'île de Gorée en 1750 C. Inselin

Carte de l'île de Gorée en 1750 C. Inselin - Source Gallica - BNF Clic...


Extrait Carte particulière de la Côte Occidentale de l'Afrique Depuis le Cap Blanc jusqu'au Cap de Verga et du Cours des Rivières de Senéga et de Gambie dressée par Anselin

Carte particulière de la Côte Occidentale de l'Afrique Depuis le Cap Blanc jusqu'au Cap de Verga et du Cours des Rivières de Senéga et de Gambie dressée par Anselin en 1751 (Gallica-BNF)



Revenu en juin 1750 à Saint-Louis, il ne voyagea plus et passa son temps à faire des excursions scientifiques autour de Saint-Louis.
Le Sieur Michel Adanson dépeindra la ville et les moeurs de ses habitants. Ceux-ci exploitaient d’immenses bancs de coquilles, que les savants croyaient être des bancs d‘huîtres abandonnés par la mer dans le lit de marigots desséchés. Ces bancs étaient couverts d’un bois très épais, avec des arbres de trois pieds de diamètre. Dans ce banc était creusé des fours à chaux. Quant aux salines de Gandiol, c’étaient à cette époque, des marais de 200 à 300 toises de longueur, sur 100 toises le largeur, remplis d’eau salée extrêmement âcre.

En août 1753, le Sieur Michel Adanson fit une troisième excursion à Podor, mais épuisé par ce long séjour en Afrique, il eut un accès de fièvre extrêmement grave, et, péniblement rétabli, il se rembarqua pour la France au mois de septembre 1753.

Extrait Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853(Source Gallica-BNF)

En 1755, à la reprise de la guerre contre l'Angleterre (guerre de 7 ans), la garnison de Saint-Louis était composée de 40 homme, celle de Podor de 28 hommes, celle de l'île de Gorée de 40 hommes, et celle de Galam de 30 hommes..

En 1756, le Sieur Aussenac, qui commandait le Fort Saint-Joseph de Galam, fit un voyage à Natakon, il était le Directeur de l’établissement de Farbana, restauré par Pierre-Félix-Barthélémy David. À la même époque le Sieur Doit, explora la pays entre Farbana et la Falémé, au Nord de Kéniéba, et prétendit avoir trouvé des nouvelles mines dans un pays qu’il appelait Kenimaly.

Extrait Carte de la Falémé par Compagnon de 1723

Sénégal carte 1723 de la Falémé par Compagnon (Gallica-BNF)



En mars 1758, la Compagnie envoya 30 hommes de renfort avec 20 canons de 24; 46.000 livres de poudre, 2 mortiers et 100 bombes à l' île de Gorée.

En date du 23 avril 1758, une escadre anglaise de 14 voiles attaqua Saint-Louis, dirigée par le Sieur Pierre Estoupan de la Brüe, qui capitula le 30 avril 1758 par suite du manque de poudre.
En vertu de la capitulation, la garnison de Galam (30hommes) fut retirée la même année, et celle de Podor (20 hommes) l'année suivante pour être ramenées en France avec tout le personnel. l' île de Gorée, bien que renforcée de 200 hommes en janvier 1758 et 30 hommes avec 20 canons, 2 mortiers et 100 bombes en mars 1758 ; attaqué le 23 avril 1758 par l'escadre anglaise, capitula en décembre 1758.

Le 26 avril 1758, les anglais attaquèrent l'île de Gorée, qui résista. Peu de jour après la retraite des ennemis, le commandant de l'île de Gorée découvrit un complot de la garnison; il devait être assassiné par le factionnaire placé à sa porte. Il parvint à arrêter les meneurs et 13 furent condamnés à mort. Il ne poussa pas trop loin l’enquête de peur de découvrir trop de coupables.

Au mois de décembre 1758, devant une nouvelle attaque anglaise, le Commandant de l'île de Gorée capitula.

En 1763, Traité de Paris, restituant l'île de Gorée à la France, le Roi Louis XV y nomma le Sieur Poncet de la Rivière comme gouverneur. Deux compagnies de 63 hommes chacune, placées sous le commandement d'un major et ayant à leur tête un capitaine, formèrent la garnison de l'île, qui fut renforcée, deux ans après, par une troisième compagnie.

En 1763, Poncet de la Rivière négocia avec le Damel du Cayor (Meïssa Bigué Ngoné Fall, la cession de la péninsule du Cap-Verd depuis le Cap-Manuel jusqu’au Cap-Bernard. Là se trouvaient les villages de Dacart et de Ben.
En 1765, ce traité était renouvelé entre Poncet de la Rivière et le Damel Madior Dior Yacine Isseu Fall.

Extrait Carte du Sénégal dressée en 1750 par Sorel

Carte Sénégal dressée en 1753 par Sorel Source Gallica - BNF Clic...



En 1773, le Fort du haut de l'île de Gorée était reconstruit, mais sans canon, ni plate-forme pour l’artillerie. Dans les magasins, couverts en paille, tout était pêle-mêle; les officiers logeaient chez l’habitant. La population ne comprenait plus que des africains, au nombre de quelques centaines et des esclave. Les traitants africains et mulâtre ne s’occupaient que du commerce des esclaves et ce commerce était si misérable, que la case d’Albreda était considéré comme la plus importante.

En 1774, la population de l'île de Gorée était de 100 mulâtres et de 100 africains libres, il y avait 1.200 esclaves. La garnison était composé de 100 hommes, véritables brigands débauchés

Le 19 avril 1776, Monsieur de Bellecombe et l’intendant Chevreau, missionnés par le Ministre de la Marine, Monsieur Antoine Raymond Jean Gualbert Gabriel de Sartine, comte d'Alby, lui adressèrent de l'île de Gorée, un état des colonies.

Portrait Antoine de Sartine

Antoine Raymond Jean Gualbert Gabriel de Sartine, comte d'Alby (Wikipedia)



À cette époque sur l'île de Gorée, il y avait une maison avec un jardin qui servait au Gouverneur, une caserne pour les 80 hommes de la garnison, un corps de garde, un hôpital, une église, cinq magasins, une poudrière, une prison, quatre maisons en pierre occupées par les officiers; tous les bâtiments étaient couverts en paille; la marine se composait de deux goélettes et les dépenses mensuelles de 3.960 livres 1 sous 4 deniers.
La population était de 139 blancs, y compris la garnison, 1.430 africains, dont 110 libres et de 120 mulâtres. Ils traitaient par an 200 ou 300 captifs, valant 300 à 400 livres la pièces. Il y avait une case à Joal, une à Portudal et une à Albreda.

Le 21 avril 1777, la Compagnie de la Guyane fut chargée de ravitailler la garnison et l'île de Gorée, et reçut en échange, le privilège exclusif de la Traite négrière pour 15 ans, moyennant le paiement de la solde de la garnison et l’entretien des magasins.

En 1778, une épidémie de Fièvre jaune ravagea l'île de Gorée. Tous les Européens furent malades et 43 moururent.

En 1778 le Sieur Gauthier de Chevigny remonta au Fort de Saint-Joseph à Galam avec une flottille de 30 bâtiments, pour y reprendre un commerce que les anglais n’avaient pas continué.

En date du 28 janvier 1779, une escadre française commandée par Louis-Philippe Rigaud, Marquis de Vaudreuil et composée du vaisseau du Roi Le Sphinx ; des frégates La Résolue, La Nymphe et La Lunette ; des corvettes Le Lively et L'Epervier et des vaisseaux du Roi Le Fendant, La Tartane et La Toussaint, portant des troupes de débarquement aux ordres de Armand-Louis Gontaut Biron, Duc de Lauzun  ; mouilla devant Saint-Louis. Louis-Philippe Rigaud, Marquis de Vaudeuil fit tiré une cinquantaine de coups de canon sur le fort, qui après en avoir rendu quelques uns, amena son pavillon.

Fort Saint-Louis en 1779Fort Saint-Louis en 1779



La reddition eut lieu le 30 janvier 1779, sur la sommation de Armand-Louis Gontaut Biron, Duc de Lauzun, qui refusa les offres de capitulation du commandant anglais Robert Stormont, mais exigea que la garnison se constituât prisonnière de guerre. La plus grande confusion régnait dans le fort à ce moment. Les soldats anglais avait chassé le Gouverneur par intérim Georges Fall et avaient tué ou blessé un certain nombres d'habitants.

Rédition Georges Fall le 30 janvier 1779Rédition Georges Fall le 30 janvier 1779


Saint-Louis du Sénégal vers 1780Saint-Louis du Sénégal vers 1780


Armand-Louis Gontaut Biron, Duc de Lauzun prit le commandement du Sénégal. En entrant dans sa nouvelle résidence officielle, il trouva ses appartements dans le plus grand délabrement et démunis de tout nécessaire. Il rentra en France au mois de mars 1779, dans son mémoire, il préconisait pour Saint-Louis, une garnison avec un effectif de 300 hommes en tant de paix et 600 en tant de guerre ; ajoutant qu'il serait avantageux de maintenir cet effectif en tout temps, en raison des nombreuses maladies occasionnées par le climat; il concluait, en pensant aux inconvénients de la barre du Sénégal (Saint-Louis), et les conséquences désastreuses que cet obstacle aurait pour le développement du fleuve, que cette garnison ne devait comprendre qu'un poste « qui protège et assure la navigation de la rivière ».
Il fut remplacé par le Lieutenant Eyriès, qui l'accompagnait.
Dès sa prise de commandement, il fit raser les fortification de l'île de Gorée dont la population fut, à la suite d'une épidémie de fièvre jaune, évacuée et vraisemblablement transportée en Guyane.
Après ce départ, les anglais, attirés par le commerce de la gomme, s'y installèrent, jusqu'au 23 mai 1784, où André Charles, Marquis de Jaille à la tête d'une escadre la réoccupa conformément au Traité de Versailles du 28 septembre 1783. Le lieutenant Eyriès, tombé malade, quitta le Sénégal en janvier 1781 et fut remplacé par le Anne Gaston Dumontet, premier gouverneur de la colonie après sa reprise.

Celui ci reçut l'ordre de réinstaller le comptoir de Podor, le Fort Saint-Joseph, et d'en ouvrir un à Dabou et un autre à Dentillia (Sansanding), ainsi qu'un établissement à l' île de Bilbao. À cet effet, il reçut 600 hommes formant 6 compagnies, dont une d'artillerie. Ce corps nommé « volontaires d'Afrique » commandé par un Major et 4 officiers par compagnie, fut décimé par le climat, en 1782, il ne comptait plus que 182 soldats.

Carte du Cours des Rivières de Falémé et Sanaga Dans les Pays de Bambuk et Tamba Awra.Levé sur les lieux par Mr. Compagnon(Gallica-BNF)

1723 Carte du Cours des Rivières de Falémé et Sanaga Dans les Pays de Bambuk et Tamba Awra. / Levé sur les Lieux par Mr. Compagnon Source Gallica - BNF Clic...


En 1782, un mémoire évaluait la Traite négrière à 104.000 esclaves africains, dont 53.000 par les anglais, 23.000 par les français, 11.000 par les hollandais et 8.700 par les portugais.
Les navires destinées à cette traite, étaient construits sur un modèle particulier. Le pont était un peu exhaussé ainsi que la dunette. Un navire de 300 tonneaux, ayant 100 pieds de longueur du gouvernail à l’avant, dont 87 pieds de longueur utilisable, et une largueur de 25 pieds, pouvait embarquer légalement 470 esclaves, mais, sans surveillance, était chargé de plus de 600 esclaves.
L’entrepont avait une hauteur de 5 pieds 8 pouces,et, sur toute la longueur du bâtiment, il y avait une plate-forme de 6 pieds de largueur, laissant entre elle et le pont supérieur, un espace de 2 pieds et demi de haut. Les esclaves couchaient sur le plancher du pont et sur cette plate-forme, qui constituait un étage intermédiaire. L’entrepont était divisé en trois chambres, aérées par des caillebotis, écoutilles fermées par des grilles de bois. À l’ avant il y avait une chambre pour les hommes, à l’arrière une salle pour les femmes, avec au milieu les enfants de moins de 15 ans.
Les esclaves ne pouvaient tenir que couchés, et lorsque le bâtiment avait le nombre réglementaire, la place accordée à chaque homme était de 6 pieds de long sur 1 pied 4 pouces de large; pour chaque garçon de 5 pieds sur 1 pouce 25; chaque femme de 5 pieds 10 pouces sur 1 pied 4 pouces; à chaque fille de 4 pieds 6 pouces sur 1 pied, le tout en mesure anglaise.

Il pouvait tenir sur ce type de bateau, dans ces conditions terribles, 190 hommes, 70 garçons, 180 femmes et 27 filles. Or il fut prouvé en 1789, que dans un ce bâtiment, il y avait 609 esclaves.
Les hommes étaient ferrés deux à deux, par une jambes et par le cou, les femmes n’ étaient pas enchaînées. Tous étaient nus, couchés sur des planches, et au bout de quelques jours de navigation, ils avaient des plaies sur le dos et les flancs. Tous les jours, à 8 heures, ils devaient sortir sur le tillac, où ils étaient attachés à une longe chaîne fixe qui reliaient tous les couples et ils restaient là 8 heures, pendant que l’entrepont était nettoyé et aéré. En cas de mauvais temps ils sortaient un quart d’heure par groupe de 10 esclaves. Les vivres étaient distribuées dans l’entrepont et le voyage, très meurtrier, durait de 6 à 8 semaines. Mis à part les mutineries et les épidémies, la perte était d’ environ 7%. Commercialement une perte de 5% était considérée comme minime.

Plans de la Marie Séraphique du capitaine Gaugy, armée par M. Gruel de Nantes pour l'Angola, avec tonneaux à flancs de cale, 307 Noirs entassés à l'entrepont et pont, 1770

Plans de la Marie Séraphique du capitaine Gaugy, armée par M. Gruel de Nantes pour l'Angola, avec tonneaux à flancs de cale, 307 Noirs entassés à l'entrepont et pont, 1770 Source wikipedia - Clic...


En 1780, il y avait 673.500 esclaves africains aux Antilles et entre 1780 et 1789, il y eut annuellement 36.500 esclaves africains transférés.
Il est difficile d’évaluer la quantité de captifs qu’il fallait enlever pour suffire aux besoins de la Traite négrière. Ils en mourraient beaucoup dans les captiveries d’Afrique; épuisés par la route, entassés ils périssaient de scorbut ou d’autres épidémies. Les marchands indigènes, et même les courtiers européens, tuaient tous les enfants en dessous de 3 ans, car les capitaine des navires ne voulaient pas sans embarrasser.
Au Sénégal, la Traite négrière se faisait à l'île de Gorée, où les esclaves venaient de la Grande Terre, c’est à dire Rufisque, qui fournissair des Wolofs et des Sérères et à Saint-Louis, où ils venaient de Galam, qui fournissait des Mandingues et des Bambaras.

Extrait Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853(Source Gallica-BNF)

En 1783, la Compagnie devint régulière sous le nom de Compagnie nouvelle du Sénégal et dépendances et dura jusqu'à sa mise en liquidation le 23 janvier 1791.

En 1784, Anne Gaston Dumontet fut remplacé par Louis Le Gardeur de Repentigny, qui peu de temps après son arrivée, fit une visite solennelle au Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao.
Il partit de l'île de Gorée le 25 février 1785 à 6 heures du matin, sur le bateau le Sénégal escorté par la corvette la «Blonde», commandée par le Chevalier de la Tour du Pin. à 17 heures, il mouilla à l’embouchure du marigot de Saloum, près du village de Fettik. Le bateau entra seul dans la rivière le 26 février 1785, et la corvette la «Blonde» appareilla pour la Gambie. Il mit 4 jours pour remonter jusqu’à la rade de Cahola, à une lieue de Cahone.

Extrait Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853(Source Gallica-BNF)

Louis Le Gardeur de Repentigny fit tirer 5 coups de canon pour saluer le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao et l’avertir de son arrivée.
Une demi heure après, le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao, prévenu et préparé à sa visite, apparut accompagné des chefs de ses guerriers, les grands de son royaume et une partie de sa cavalerie; soit plus de 400 hommes, coiffés d’un bonnet ressemblant à un casque et armés de lances et de fusils.
Les grands et les guerriers étaient habillés de leur casaque de guerre. Un vêtement de forte étoffe de coton teinte en couleur jaune roux, habillant largement le corps et descendant jusqu’au dessous de la ceinture; les manches amples s’évasant au poignet, des brandebourgs de laine rouge garnissant symétriquement le devant de cet habillement; une culotte de toile blanche formant de nombreux plis, descendant à mi cuisse; et chaussés d’ une espèce de brodequin rouge. Ils avancèrent en bon ordre sur le bord du marigot. Au centre se trouvait le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao, monté sur un très beau cheval richement harnaché avec à ses côtés un esclave, qui soutenait au dessus de sa tête, un grand parasol. Autour de cette troupe, il y avait des cavaliers détachés, qui caracolaient sans ordres, poussant des cris et prenant des attitudes extravagantes en agitants de très longues lances, dont le haut était orné d’ un petit drapeau rouge. C’étaient les griots ils allaient et venaient au plus grand galop en chantant.
Louis Le Gardeur de Repentigny, accompagné de deux officiers mis pied à terre. Le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao vint à sa rencontre, ils se saluèrent puis s’installèrent sur des nattes, sous un grand arbre. Le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao avait à sa droite, le grand Alkier de son royaume, qui avait à sa droite le chef des guerriers, dont le titre est Farba et à sa gauche, Monsieur Louis Le Gardeur de Repentigny, deux officiers, son secrétaire et un interprète.
Ils étaient au centre de 60 guerriers à pied, armés de lances, formant une enceinte de 20 pas de diamètre. Sur un signe du Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao, les griots par trois sons de trompe imposèrent le silence. Les interprètes s’avancèrent devant eux, et ils échangèrent des civilités remettant au lendemain les négociations.
Louis Le Gardeur de Repentigny l’invita à bord de son bateau, et le conduisit, accompagné de son Alkier, du Farba et quatre grands de son royaume, dans la chambre du Conseil où il l’installa dans un fauteuil. Le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao était de stature élevée et bien proportionnée. Il était coiffé d’un bonnet bleu, garni de petites bandes d’or de forme cylindrique, avec dans les intervalles des petites plaques de même métal, très bien travaillés. Ces ornements arrangés symétriquement, s’appuyaient sur une une bande de larges plaques d’or, avec au sommet un très gros bouton du même métal, ciselé et travaillé à jour; tous ces éléments donnait à ce bonnet l’air d’ une couronne. Il était vêtu d’une tunique ample, d’étoffe de coton blanc, rayé de rouge, qui descendait jusqu’au genoux, et serrée sur les reins par une ceinture de même couleur, dont les deux extrémités retombaient sur le côté gauche et descendaient en dessous des genoux. Cette tunique était ouverte sur la poitrine et ornée des deux côtés, de larges brandebourgs de laine rouge. Sur l’estomac pendait un globe d’or de la forme et de la grosseur d’un oeuf de poule, suspendu au cou par un cordon de soie cramoisi. Ce globe renfermait l’extrémité d’une queue d’ éléphants de 14 pouces de longueur; les crins noirs de celle-ci flottaient légèrement. Les manches de la tunique étaient courtes et laissaient à découvert des bras nerveux, charnus et bien proportionnés. Il portait comme les autres guerriers, une culotte de coton blanc, qui formait une multitude de plis, descendant jusqu’à mi cuisse et ressemblant à des cuissardes; et était chaussé de sandales liées jusqu’à mi jambe par des bandelettes. Des anneaux d’or entouraient ses bras, et un large cimeterre avec une poignée en or, dans un fourreau de maroquin chargé de plaques de même métal, qui pendait au côté droit, suspendu par un baudrier de drap rouge richement orné.
L’entretien dura deux heures et au couché du soleil, le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao le quitta en l’invita à venir le lendemain à Cahone, son lieu de résidence. Il lui enverrait des chevaux et pour lui donner une marque éclatante de sa confiance, le pria de garder sa couronne, dont le poids l’embarrassait et l’incommoderait dans le trajet de retour.
Le lendemain à la pointe du jour, le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao fit conduire au bateau, les chevaux qu’il avait promis et une escorte de 100 guerriers à cheval.
Monsieur Louis Le Gardeur de Repentigny descendit, suivi des officiers et des personnes de son cortège, escorté par un détachement de soldats, et se rendit à Cahone où il arriva vers 8 heures. Il descendit de son cheval à l’enceinte du quartier royal. Le son de plusieurs trompes annonça son arrivé, et le grand Alkier et le Farba vinrent le recevoir.
Trois vastes cours bordées de cases, habités par les serviteurs du Bour Saloum, précédaient son logis. Chacune gardée par 20 hommes armés de flèches et de sagaies. L’enceinte particulière du Bour Saloum était très vaste, et renfermait plus de 60 cases, habitées par ses femmes, ses enfants, ses officiers et ses esclaves de confiance.
Au milieu d’un espace au centre, était placée seule et isolée, la case royale; elle était cylindrique, d’un diamètre de 30 pieds, et 40 de hauteur. Sa couverture était de forme conique de 20 pieds d’élévation. Cette construction ne différait par de toutes celles de cette partie de l’Afrique, c’étaient des pièces de bois recouvertes de paille de mil.
À l’intérieur les parois étaient ornées de lambris et couvertes comme le dôme de nattes de différents dessins, bien travaillés. Tout le pourtour, était garnis de fusils, de pistolets, de sabres, de poignards, de selles, de brides, de housses, d’arcs et de carquois garnis de flèches, de lances et de sagaies. Un mastic de sable fin mêlé de terre rouge, pétri avec de l’eau gommée, recouvrait le sol. Le fond vis à vis de la porte, était occupé par deux estrades de 4 pieds de longueur chacune, élevées de 10 pouces, et recouvertes de tapis de drap bleu.
Louis Le Gardeur de Repentigny trouva le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao assis sur une des estrades, celui-ci se leva, s’avança vers lui, prit sa main et le fit asseoir à sa droite sur l’autre estrade. Après les démonstrations d’égards et d’amitié, Louis Le Gardeur de Repentigny se leva et lui rendit son bonnet en forme de couronne, et, sur la demande du Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao, le lui plaça sur la tête.
Le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao ordonna le silence et lui dit par l’entremise d’un interprète:
«Je te vois chez moi, dans ma case, en présence des grands de mon royaume, et j’ai grand plaisir à te voir. Tu as à parler, parle-moi avec la même confiance et la même franchise, que si tu parlais à ton frère; dis-moi ce que tu désires, je t’écouterai avec attention; et si tes désirs sont tels, que je puisse les accomplir, et qu’ils soient avantageux à mes grands et à mon peuple qui t’écoutent, ils seront satisfaits. Je t’aime, je t’estime, et j’ai pour toi le coeur d’un frère.»
Monsieur Louis Le Gardeur de Repentigny parla d’un Traité d’alliance, qui était l’objet de son voyage, le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao répondit que cette affaire majeure devait être discutée en public, en présence des principaux chef du pays et du peuple et ordonna leur convocation pour le lendemain.
Cette affaire fut discutée et résolue sur une grande place du village royal, après cinq jours de discussions particulières, les articles furent arrêtés.
Le traité en double exemplaire, fut rédigé sur deux colonnes, l’une en arable, par le grand Marabout, et l’autre en français par le secrétaire de Monsieur de Louis Le Gardeur de Repentigny, ils le signèrent, puis les placèrent sur une natte, entre eux et jurèrent, la main droite posée sur ceux-ci, de l’observer. Tous les chefs du royaume de Saloum et toutes les personnes qui accompagnaient Monsieur Louis Le Gardeur de Repentigny répétèrent le même serment à haute voix, et le peuple témoigna sa satisfaction par de longues et bruyantes acclamations.
Le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao ordonna de nouveau le silence, et remit un exemplaire à Monsieur Louis Le Gardeur de Repentigny, et garda l’autre, qu’il plaça sur sa poitrine, sous sa tunique.

Les trois conditions principales de ce traité d’alliance, signé le 8 février 1785, étaient la cession de l’île de Kasthiambée en toute propriété à la France, qui serait la seule Nation reçue dans le royaume du Saloum, et l’autorisation d’établir un Comptoir à Kiawer, l'un des plus fameux marchés de captifs de la côte d'Afrique occidentale.
Sources Galica-BNF : Les origines de l'Afrique occidentale : histoire du XVe siècle à 1870 . Pour télécharger le livre cliquer ici.

À cette date le bataillon d'Afrique ne comptait plus que 4 compagnies de fusiliers au lieu de 6. Son effectif de 398 hommes était placé sous les ordres du Commandant François Blanchot de Verly, plus tard Gouverneur du Sénégal.
La défense de Saint-Louis était assuré par un corps de volontaires et son artillerie était constituées par 82 pièces de canon trouvées lors de sa reprise et par celles retirées de l'île de Gorée.

Dans les premiers jours d'avril 1785, Jean-Baptiste-Léonard Durand fit le voyage de Podor, dans l'intention de prendre connaissance du poste, de s'assurer le cours de la rivière, de parcourir ses rives, et d'assister à la traite de la gomme, en parle ainsi :
« Avant d'arriver à Todd, et à quelques lieues de cette île, j'aperçus, sur la rive gauche, une nombreuse cavalerie, et j'appris bientôt que le roi Brak me faisait demander des chaloupes pour venir à bord du bâtiment.
Je fis partir deux petits canots ; ils conduisirent le roi, cinq de ses ministres et quatre musiciens. Dès que le prince fut en rivière, je le fis saluer de neufs coups de canon ; je lui donnait la main pour monter à bord, et lui rendis les honneurs que je crus pouvoir le flatter. Le roi était vêtu d'une chemise blanche qui descendait jusqu'aux genoux, et qui était serrée par une écharpe rouge ; il portait par dessus une espèce de tunique jaune, large et flottante ; sa tête et ses jambes étaient nues ; il avait à ses pieds des pantoufles jaunes ; sa suite était vêtue suivant l'usage du pays.
Je conduisis le roi sous une tente placée sur le pont du bâtiment : là, assis et couverts, nous nous fîmes beaucoup de compliment et des protestations d' amitié ; je lui offris des rafraîchissement qu'il accepta : on lui servit du vin de Bordeaux dont il ne voulut pas boire. Il me fit demander de l'Eau-de-vie : je donnais mes ordres, et sur le champ on apporta plusieurs flacons de cette liqueur ; il en but quatre grands verres en très peu de temps, et ne mangea presque rien ; au cinquième il perdit la parole, et le sixième l'endormit profondément. Ses ministres et ses musiciens furent très sobres ; ils burent peu.
Le roi, dans cette état d'assoupissement, était entouré de sa suite ; les uns cherchaient à rafraîchir l'air en agitant au dessus de sa tête et en tous sens une pagne violemment secouée par des bras nerveux. Cette manière de vibrer l'air pour le rendre plus frais, est d'un usage général dans le pays ; les autres étaient occupés à éloigner de sa personne les mouches qui pouvaient le piquer, et troubler ainsi son sommeil.
Je m'amusais beaucoup de cette farce ridicule, lorsqu'on vint m'avertir que le dîner était servi. J'invitais les ministres à me suivre, mais ils ne voulurent pas quitter leur maître. Je me mis donc seul à table. Peu de temps après sa majesté s'éveilla ; elle demanda à me voir : on lui dit que je dînais. Sans moi, répondit-elle : ce blanc est bien malhonnête. Elle se leva, et descendit dans la chambre où le couvert était mis, monta sur une chaise, sauta de l'autre côté, fut s'asseoir sur une des fenêtres, et plaça ses pieds sur la table.
Dans cette posture, qui me fit beaucoup rire, le roi reçut ce qu'il parut désirer ; mais pour boire il demanda encore de l'Eau-de-vie ; je lui en fis donner tant qu'il voulut, et pour la seconde fois il en bu tant, qu'il tomba ivre mort dans l' embrâsure de la fenêtre.
Ses ministres l'enlevèrent pour le porter sur le pont, en le passant par dessus la table. Sa majesté n'était pas tellement endormie, qu'elle ne témoignât ses regrets de la quitter ; elle fixa un lièvre, le pris par la tête, et l'emporta avec elle ; il me semble encore la voir tenant, pour sceptre, un lièvre à la main.
Après mon dîner, extrêmement gai, je montai sur le pont pour savoir des nouvelles de sa majesté. Je la trouvai un peu remise de son étourdissement ; nous causâmes quelques instants sur les avantages de nos relations commerciales. Enfin il fallut nous séparer : je lui fis les présents d'usage, dont elle parut satisfaite, et je n'oubliai pas d' augmenter la dose d'Eau-de-vie ni les dons que les ministres et les musiciens pouvaient attendre de moi. Tout le cortège me fit des remerçiments, et nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde.
À quelque distance du bâtiment, je fis encore saluer le prince de neufs coups de canon : et lorsqu'il fut rendu à terre, je le vis monter à cheval, se mettre à la tête de sa troupe, et prendre bravement la route de son village.
Le soir causant avec ses ministre, le roi voulu savoir ce que je leur avais donné. Chacun lui rendit compte, et tous convinrent qu'ils avaient reçu, entre autres choses, une portion assez forte d'Eau-de-vie. Il voulut la diminuer pour augmenter la sienne. Un seul méconnu ses ordres, et refusa d'y obéir, il le fit arrêter sur le champ, celui-ci résista et fut blessé de plusieurs coups de couteau à l'épaule gauche. Le lendemain, dès le matin, ce ministre de la veille, homme de vingt-cinq à trente ans, d'une belle figure, grand, robuste et bien fait, fut conduit à mon bord chargé de fers, et vendu pour cent barres, 480 francs.
Je fus touché de la disgrace de ce malheureux. Il versait quelques larmes ; je crus devoir les essuyer, et je parvins à les tarir. Je le fis conduire à l'île Saint-Louis : on pansa ses blessures, qui furent bientôt cicatrisées. Dans la suite ses amis vinrent le réclamer ; je le rendis à sa famille et à la liberté ; il se retira dans le royaume du Cayor.
Le Royaume des Foules ou Poules , qui vient après celui de Hoval, commence à l'île morfil, sur la quelle est située le fort du Podor. Il est gouverné par un prince nommé Siratik : c'est encore un nom de dignité, auquel de roi ajoute celui de sa famille. Cet état est bien plus grand que le royaume précédent : il s'étend sur les bords de la rivière, dans une longueur d'environ de 200 lieues, jusqu'au Royaume de Galam : sa largeur est inconnue.

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853


Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853

Carte des peuples du Sénégal, pour servir à l' intelligence de leur histoire dressée par D. Boilat en 1853 - Source Gallica - BNF Clic...


Le Siratik est bien plus puissant que le Brak (Fara Penda Tegg Rella Mbodj), il a une cavalerie plus nombreuse. Ses États sont divisés en plusieurs province, et chaque province est gouverné par un lieutenant qui commande les milices ; il a un pouvoir absolu.
La couronne chez les Foules, est héréditaire ; elle passe au fils aîné s'il est marié à une princesse du sang royal : dans le cas contraire, elle est dévolue au frère aîné du roi ou à son neveu. En cas de contestation, et ces cas arrivent souvent, les grands se réunissent, et élisent un roi qu'ils ne peuvent prendre que dans la famille régnante.
Ce pays était gouverné par un Marabout noir, nommé Almany Abdulkader (Abdoul Kader Kane). Ce Prince avait une très grande réputation de sainteté et de valeur ; il avait un empire absolu sur ses sujets et même sur les États voisins : on venait de toutes parts acheter ses « Gris-gris » et lui baiser les pieds.
Il eut à craindre d' Alikoury, prince maure, roi des Trarzas ; il marcha contre lui avec une armée nombreuses, il traversa les États d'Amet Mocktard, autre prince maure, roi des Brackna ; fit alliance avec lui, et arriva enfin sur les terres d'Alikoury. Le Prince maure se présenta avec courage , combattit valeureusement et fut tué. L'Almany (Abdoul Kader Kane), victorieux, rentra dans ses États, plus puissant et plus révéré que jamais.
Alikouty était chez moi à l'île Saint-Louis, lorsqu'il fut instruit de la marche d'Almany ; il parti sans être troublé et sans se dissimuler le danger dont il était menacé ; il me fit ses adieux. C'était un brave homme qui prévoyait sa destinée ; il aurait pu l'éviter en s'enfonçant dans le désert ; mais sa fuite eût été une lacheté ; il préféra la mort.
Dans la suite, Damel (Birahima Fatim Penda Fall), roi du Cayor, déjà jaloux de la puissance de l' Almany (Abdoul Kader Kane) et de son influence sur les autres États, en fut outragé et personnellement insulté. En rétablissant la vérité des faits, voici de quel manière on raconte cette aventure. Almany (Abdoul Kader Kane) ne mettait plus de bornes à la domination qu'il avait usurpée ; ses succès et les flatteurs qu'il écoutait avec plaisir, lui firent perdre la tête.
Un jour il envoya au Damel (Birahima Fatim Penda Fall), un ambassadeur, suivi de deux hommes qui portaient chacun un grand couteau fixé au sommet d'une grande perche. Admis avec sa suite à l'audience du Damel (Birahima Fatim Penda Fall), l'ambassadeur exposa les intentions de son maître, et lui fit présenter les emblèmes de sa mission.
Les deux couteaux furent mis devant le Damel (Birahima Fatim Penda Fall), et l'envoyé lui dit :  Avec ce couteau, Almany (Abdoul Kader Kane) ne dédaignera pas de raser la tête du Damel, si Damel en vrai Musulman, veut se reconnaître le vassal d'Almany, comme chef suprême de la religion de Mahomet ; et avec celui-ci Almany (Abdoul Kader Kane) coupera la gorge de Damel, si Damel refuse de souscrire à cet condition.
Le Damel ,(Birahima Fatim Penda Fall) répondit froidement qu'il n' avait pas de choix à faire, et qu'il ne voulait avoir ni la tête rasée, ni le cou coupée ; il dit et congédia poliment l'ambassadeur.
Almany (Abdoul Kader Kane) fut irrité de cette résistance ; il se mit à la tête d'une puissance armée, et entra dans les États du Damel du Cayor. À son approche, les habitants des villes et des villages comblèrent leur puits, détruisirent leurs subsistances, et abandonnèrent leurs demeures. Il marchait ainsi de place en place, depuis plusieurs jours, sans rencontrer opposition, et cependant son armée souffrait beaucoup de la disette d'eau ; plusieurs de ses soldats étaient morts en chemin. Il la conduisit dans un bois où il trouva de l'eau ; les soldats apaisèrent leur soif; puis accablés de fatigue, ils se couchèrent sans précautions et s'endormirent. Ils furent attaqués dans cette position par le Damel (Birahima Fatim Penda Fall), et complètement défaits. Dans leurs sommeil, plusieurs furent foulés aux pieds des chevaux, d'autres furent tués en essayant de s'échapper ; un plus grand nombre fut fait prisonnier : Almany (Abdoul Kader Kane) lui-même fut fait esclave, et conduit devant le Damel (Birahima Fatim Penda Fall) qu'il avait osé menacer. Il se présenta étendu sur la terre devant le généreux Damel (Biram Fatim Penda Fall), qui, au lieu de le percer de sa lance, comme il est d'usage en pareil cas, le regarda d'un oeil de pitié, et lui dit : «  si j'étais à votre place, que feriez-vous de moi ? Je vous tuerais, répondit l'Almany (Abdoul Kader Kane) avec beaucoup de fermeté, et je sais que c'est le sort qui m'attend. Non, répliqua Damel, ma lance est teinte du sang de vos sujets tués au combat ; mais je ne la rougirai pas davantage. En la trempant dans le vôtre, cela ne rétablirait pas mes villes, et ne rendrait pas la vie aux hommes qui sont morts dans les bois. Vous ne mourrez donc pas de ma main ; je ne vous arracherait pas la vie de sang-froid, mais je vous retiendrai prisonnier jusqu'à ce que je sois assuré que votre présence, dans vos États, ne sera plus dangereuse pour vos voisins. Almany (Abdoul Kader Kane) resta donc prisonnier à la cour du Damel du Cayor ; il y resta trois mois ; et loin d'être réduit à la condition des esclaves, il y fut traité avec la plus grande distinction. Au bout de ce terme, Damel (Birahima Fatim Penda Fall) céda aux sollicitations des sujets d'Almany (Abdoul Kader Kane) ; il leur rendit leur roi.
Almany (Abdoul Kader Kane) profita de cet leçon ; il gouverna avec plus de prudence et de sagesse ; il n'inquiéta plus ses voisins, et rendit ses peuples heureux.

En avril 1785, à la période de la traite de la gomme, Jean-Baptiste-Léonard Durand, rencontra au fort du Podor, le roi des Trarza, Hamet Mocktard, son frère, la reine, sa fille et leur suite. Monsieur de Beccaria, capitaine au bataillon d'Afrique, commandait le petit détachement formant la garnison de la place.
Voyons ce qu'il en dit :
« Cet officier me reçut avec empressement. Les Maures parurent satisfaits de me voir; je restai avec eux la journée entière et le soir je revins à mon bord. Le lendemain, le roi, son frère la reine et sa fille me firent demander à dîner ; ils vinrent de bonne heure, et je dois dire que pendant plus de deux mois que je restai dans les environs de Podor, cette famille m'honora constamment de sa présence.
Je les reçus avec distinction et au bruit du canon: M. de Beccaria les accompagnait. Nous dînâmes sous la tente que j'avais fait placer sur le pont. Hamet Mocktard, d'une belle figure, grand et bienfait, pouvait avoir quarante ans. Il était couvert d'un manteau écarlate bordé d'or faux; il portait un chapeau bordé de même et des brodequins verts. Après les premiers compliments, il se mit à son aise et resta en chemise comme les gens de sa suite: son frère n'avait aucune marque de distinction; il était vêtu comme les autres Maures. La reine paraissait âgée de trente-cinq ans et d'une taille ordinaire; elle était si prodigieusement grasse, qu'elle ne pouvait marcher sans être soutenue par deux hommes qui ne la quittaient jamais. Sa fille avait seize à dix-sept ans, l'oeil vif et l'air doux: sa figure était parfaitement belle ; elle avait des formes agréables et une belle tournure. La mère et la fille étaient vêtues suivant l'usage du pays, mais elles étaient couvertes d'or et de corail.
Le dîner fût fort gai les convives se conduisirent avec autant de retenue que de décence ; pas le moindre désordre ni le plus petit excès. Pendant tout le dîner nous fûmes régalés de la musique du roi.
Le soir, les convives se retirèrent dans le fort chaque jour, dès le matin et pour toute la journée, je recevais la même visite, quelquefois et assez souvent nous allions promener sur l'une ou l'autre rive de la rivière, et la fille du roi était toujours de la partie. Elle m'apprenait quelques mots arabes, et je lui enseignais le français: avant de nous séparer, elle en savait assez pour exprimer sa pensée,et demander ce qu'elle désirait; le roi et la reine ne témoignèrent aucune inquiétude de ses familiarités avec moi. »

Sources Gallica-BNF : Voyage au Sénégal par Jean-Baptiste-Léonard Durand. Edité en l' An 10 (1802) par Henri Agasse, Imprimeur-libraire, rue des Poitevins, N° 18. Pour télécharger le livre cliquer ici.

Le 26 juillet 1785, une flotille de 27 bâtiments frétés par des habitants de Saint-Louis, partie pour Tamboucané(Tambacounda) en Galam. Il y en avait un de 50 tonneaux appartenant au Sieur Benis, un de 150 tonneaux au Sieur Aubry de Nantes; les gabarres de la Compagnie et le bâtiment du Roi les escortaient. C’était le capitaine africain Thévenot qui était chargé de payer les coutumes à mesure qu’ils passaient les villages de Podor, Mafou, Djoulbé-Diabé (Gueule du Diable), Saldé, Bosséa, Bakel et enfin Galam, terre promise des acheteurs d’ esclaves africains.

Le 26 août 1785, le traitant Saugnier partit de Saint-Louis à bord d’un vaisseau de 70 tonneaux le «Furet», avec 24 Laptots et 4 gourmets (timonniers), un maître de langue, un charpentier, un capitaine, un second, 6 pileuses de mil, 12 gamins appelés «rapasses», qui faisaient le service de mousses . La nuit tout le monde couchaient pêle-mêle dans des hamacs ou sur le plancher du bâtiment. Il était armé de 6 pierriers et une douzaine d’ espingoles françaises et anglaises. À 20 heures, ils arrivaient au marigot des «Maringouins», comme c’était la première fois que le «Furet» passait cette ligne, il fut baptisé ainsi que tous les passagers qui étaient dans le même cas. Un tonneau d’Eau de vie fut mis en perce et il y eut une grande fête.

En novembre 1785, Louis Le Gardeur de Repentigny fut remplacé par Stanislas Jean Chevalier de Boufflers, Colonel et bel esprit, ayant une réputation littéraire bâtie sur quelques vers qui le conduirait à l’Académie française; il avait été Abbé, puis Chevalier de Malte, avant de quitter le petit collet pour l’épée. Il recherchait le Commandement de Saint-Louis avec l’intention de se créer une fortune indépendante qui lui permettrait de renoncer, pour se marier, aux bénéfices ecclésiastiques qui constituaient ses seules ressources.
Il écrivit en parlant de Saint-Louis : "ce qu'on appelle mon gouvernement est la plus pauvre, la plus sale, la plus dégradée et la plus hideuse des masures, sans portes ni fenêtres, sans planchers, ou du moins, ceux qui y sont ne se soutiennent pas; les murs tombent en poussière, les chambres sont meublées de haillons, les chaises cassées, les tables brisées. Je ne parle pas des fortifications et ne m'en occupe pas encore ; elles sont dans un tel état qu'elles seraient nulles quand même elles seraient en état. Le pain est mauvais, l’eau saumâtre".
Il demanda vainement au Ministre de lui envoyer une machine à dessaler, inventée par le Sieur Poissonnier. Les quelques ouvriers, dont les bons étaient rares, étaient censés travailler de 6 heures à 18 heures, mais il prenaient 2 heures pour déjeuner et 5 heures pour dîner et leur goûter, de sorte qu’ils ne travaillaient que 5 heures, qui valaient à peine 3 heures d’un ouvrier de France. Il n’ y avait pas un canot en état, et après les avoir réparés il fallut faire des rames. Les plate-formes, les affûts des canons étaient pourris. Le délabrement des lits et du casernement étaient à pleurer; et l’hôpital n’avait pas de toit.
Les établissements se composaient de Saint-Louis, l'île de Gorée, et des magasins et captiveries de Joal et Portudal.
Les compagnies de fusiliers étaient réduit de 6 à 4, et l’état de paiement comportait 398 hommes au Bataillon d’Afrique, sous le commandement de François Blanchot de Verly, ancien capitaine de chasseurs du régiment de Chartres, qui débutait au Sénégal.
La Compagnie fournissait pour les hommes de la farine avariée; Stanislas Jean Chevalier de Boufflers fut obligé de leur donner trois rations de mil par semaine. Il montrait la plus louable activité; il se levait avec le soleil, assistait à la manoeuvre, donnait des audiences, visitait les travaux; il recevait à sa table quinze personnes, tant civils que militaires, tous les officiers des navires se trouvant dans la Rade, et leur faisait la meilleur chère qu’il pouvait. Après son dîner, il montait à cheval et se promenait soit dans l’île Saint-Louis, soit dans les îles voisines. Il louait peu son entourage excepté François Blanchot de Verly, qu’il avait pris comme second. Il trouvait l’ordonnateur d’Aigremont droit et francs, bon calculateur mais un peu dur avec ses subordonnés. Il décrit l’ingénieur Sylvain Meinrad Xavier de Golbéry , comme ayant beaucoup d’esprit et de talent, mais d’un caractère difficile, plein de morgue.
Le Directeur de la Compagnie était Jean-Baptiste-Léonard Durand, qu’il trouvait trop léger pour sa place et pour le pays.

Jean-Baptiste-Léonard Durand

Portrait Jean-Baptiste-Léonard Durand



Stanislas Jean Chevalier de Boufflers fit transférer, au delà du fleuve, sur une plage déserte, le cimetière de Saint-Louis, qui se trouvait jusque là dans une petite enceinte au milieu de la ville où les fosses mal faites laissaient à découvert les corps lors des inondations . Il ordonna que dorénavant, les deux africains fossoyeurs enlevassent le mort sur une pirogue dans un cercueil qui servait à tout le monde; ils le transporteraient à la Pointe de Barbarie, dans un endroit clos de murs, et ramèneraient le cercueil à la traîne; eux mêmes poussant la pirogue à la nage, de sorte que lui et les hommes soient désinfectés.

Le 11 janvier 1786, le Directeur de la Compagnie du Sénégal, Jean-Baptiste-Léonard Durand, envoya de Saint-Louis, par terre, le Sieur Rubault à Galam, qui partit de Gandiol le 13 janvier 1786, accompagné d’un Maure d’une tribu de Marabout Trarza, nommé Sidi Carachi, 2 africains et trois chameaux portaient les provisions et les armes nécessaires pour le voyage.
Il traversa le Cayor et le Djolof, où il arriva le 18 janvier 1786 à Ikarkor (Ouarkor),résidence du Bour, à qui il présenta les lettres que Jean-Baptiste-Léonard Durand, lui avait données pour les chefs du pays. Le Bour lui parut ignorer tout des français, les africains de ce village n’avaient jamais vu de blancs.
Le 25 janvier 1786, il repartit, accompagné par 3 guides, qui lui avait été donné, et traversa pendant 4 jours un forêt de gommiers non exploités et arriva à un village nommé Passé (Possy ?) Le 1er février 1786, il parvint dans le Bambouk, et sans vivres, ni marchandises, il traversa sans être molesté, et sans risque le pays montagneux de Youli (Niaoulé), habité par les Mandingues et qui avait pour capitale un village appelé Médina, sur la Gambie.
Il s’arrêta 2 jours, dans une grande forêt où il vit des girafes, qu’il appelait «Guimala», puis le 10 février 1786, il pénétrait dans le Bondou, qu’il traversa, non sans peine, et le 13 février 1786, il entrait à Koussa, où résidait l’Almamy.
N’ayant rien à lui offrir, il fut retenu prisonnier pendant quelques jours. Il fut libéré contre la promesse d’un présent qu’il enverrait une fois parvenu à Galam, et arriva le 16 février 1786 à Kaïnoura sur la Falémé. Il la franchit sur son chameau, et le 17 février 1786, il rejoignit le Sénégal à Tombaboukané (Dembacané), à côté du Fort Saint-Joseph de Galam.

Carte Sénégambie de Guillaume Delisle en 1707

Carte Sénégambie de Guillaume Delisle en 1707

Le Fort Saint-Joseph de Galam était en ruine, il fallut le réédifier entièrement. Heureusement, les habitants étaient bien disposés et s’y employèrent.
Le Marabout Trarza Sidi Carachi, qui l’accompagnait, retourna à Saint-Louis par le même chemin, le 23 mars 1786, fit le voyage de retour en 206 heures, et arriva le 22 avril 1786 à Saint-Louis.

En 1786, l’état des Comptoirs était, à la veille de la Révolution française, bien misérables.
Un témoin oculaire, Sylvain Meinrad Xavier de Golbéry en fait la description suivante:
Il y avait à Saint-Louis 7.000 habitants, les établissements militaires et tous les bâtiments appartenant au Gouverneur, étaient en général d’une mauvaise construction et en mauvais état.
L’hôpital militaire, le seul de l’île, était insuffisant, mal construit, trop serré et trop borné, avec des salles basses où les malades souffraient excessivement de la chaleur, surtout pendant la saison pluies, qui était la saison des maladies. Les magasins trop petit et trop bas, une cuisine mal disposée, un laboratoire où le distillateur étouffait de chaleur et pouvait à peine se retourner, quatre salles qui pouvaient contenir ensemble, 60 lits, une seule chambre pour un seul chirurgien, une pharmacie misérable, et un très petit cabinet pour le Directeur de l’hôpital.
Il manquait de salles pour les officiers de la garnison, à plus forte raison pour la marine militaire et la marine marchande qui venaient à Saint-Louis en relâche ou pour commercer.
Les logements de la garnison n’étaient pas meilleurs, mal construits, trop resserrés, trop bas et malsains.
Le Fort Saint-Louis qui occupait à peu près le centre de l’île, n’avait pas de fossé, il était de forme carré, dont les côtés Ouest et Est, avaient chacun 34 toises de longueur, et ceux du Nord et du Sud 35 toises.
Des bastions renforçaient les angles de ces carrés, mais étaient mal tracés, et si petit, qu’à peine, quelques pièces de campagne étaient manoeuvrables.
Le terre plein était au niveau du 1er étage des bâtiments qui entouraient le développement intérieur du Fort. Ses remparts étaient établis sur des fortes poutres qui formaient le plafond des magasins et des caves en dessous, et étaient élevés de 13 pieds au dessus du terrain.

Depuis 1778, l’administration, quoi que dépendante du Gouverneur de Saint-Louis, n’était pas seulement militaire. Il y avait à la tête de la colonie un Maire africain ou mulâtre. Il était chargé de faire la police, et de se prononcer sur les rixes en première instance. Il était autorisé à infliger des peines de prison, même du fouet aux africains coupables de délits légers, à charge d’en rendre compte immédiatement.
Le Gouverneur avait près de lui un greffier chargé de l’inspection et de la garde des procédures, qui était nommé par le Roi, et le plus souvent par le Gouverneur lui-même. Il remplissait de plus les fonctions de notaire.
C’était en présence du Maire, du Commissaire-ordonnateur, du Major-commandant et de quelques notables, que les délits capitaux étaient jugés par le Gouverneur.
À l’égard des africains et mulâtres libres ou esclaves, il prononçait en dernier ressort, et le jugement était exécuté publiquement.
La condamnation à mort était rare, s’ils étaient esclaves, les coupables étaient vendus et embarqués pour l’Amérique, le produit de la vente servait d’abord à dédommager la partie lésée et le surplus était rendu au Maître après le prélèvement des frais. Cet article était toujours appliqué.
Si l’africain était libre, une partie de la vente était de même destinée à la partie lésée, le surplus était versé dans le coffre du Roi. Dans les deux cas, le Gouverneur en rendait compte au Ministre de la marine.
Les Européens étaient jugés par le même Tribunal. Celui qui troublait la tranquillité de la colonie, était arrêté, chassé de la colonie et embarqué pour la France. S’il avait tué, ou commis un vol avec effraction, s’il était rendu coupable d’un crime capital, son procès était instruit, et l’inculpé était renvoyé en France pour être jugé sur l’instruction faite au Sénégal.
En matière d’intérêt et de commerce, les contestations étaient portées en première instance devant le Gouverneur, qui cherchait à concilier les parties, s’il n’y parvenait, elles nommaient chacune trois arbitres, qui, présidé par le Gouverneur, prononçaient en dernier ressort. Si les parties étaient européennes, les arbitres étaient européens, si les parties étaient africaines, les arbitres étaient africains; et un procès entre Européens et Africains, soumis à des arbitres de l’un et de l’autre. Si l’une ou l’autre des parties refusaient de nommer des arbitres, le Gouverneur les nommaient d’office, la procédure en faisant mention.
Les jugements rendus étaient exécutés littéralement, et il n’y a pas d’exemple qu’ils aient donné lieu à aucune contestation ultérieure. Le Greffier en délivrait des expéditions aux parties qui les réclamaient, et en avaient besoin pour régler leurs comptes avec leurs intéressés ou leurs armateur.
En l’absence du Gouverneur ou s’il était malade, le commandant ou le plus ancien officier militaire le remplaçait dans ces fonctions judiciaire. Quant au Greffier, il était remplacé par un habitant qui recevait la commission du Gouverneur, du Commandant ou du plus ancien officier. Les mêmes formes de procédures s’observaient à l'île de Gorée, et partout où se trouvaient des établissements en Afrique.
L’administration civile était composée d’un Commissaire-ordonnateur, administrateur en chef de la colonie; d’un écrivain principal; d’un contrôleur; de deux écrivains ordinaires; d’un garde-magasin et d’un Greffier. L’ordonnateur, le contrôleur et le garde-magasin avaient leurs bureaux particuliers et des employés sous leurs ordres.
Il y avait encore des officiers de port, des officiers de santé, des habitants entretenus et des Laptots.
L’ordonnateur réglait toutes les dépenses, il faisait fonction de commissaire des guerres pour tout ce qui concernait la troupe; et celle de commissaire des classes pour tout ce qui concernait les gens de mer.
Le Gouverneur ou commandant disposait de la troupe, il était chargé de la police intérieur, des relations politiques avec les chefs africains du pays, de former, renouveler ou entretenir les liaisons d’amitié ou de commerce; de recevoir leurs visites, et de les rendre s’il le jugeait à propos.
Le Gouverneur était payé 24.000 Livres, le Commissaire-ordonnateur 8.000 Livres. Les officiers de troupe se composait du Major, commandant le bataillon d’Afrique, d’un quartier-maître, d’un adjudant et d’un armurier. Il y avait quatre compagnies de soldats, composées, sans les cadres, de 56 fusiliers chacune. La dépense totale de la garnison pour la seule solde, était de 92.456 Livres.
Les officiers de port, les officiers de santé, deux missionnaires à Saint-Louis, trois à l'île de Gorée, les bureaux de l’ordonnateur, les ouvriers de la Compagnie, constituaient le reste du personnel.
La Compagnie soldait le Maire de la ville, le Capitaine du bateau du Roi, et distribuait des indemnités de logement aux divers employés; elle payait en barre de fer les maîtres de langue (interprète), les pileuses, les calfats, les gardiens de troupeaux, les Maîtres-maçons africains, et 160 Laptots.
À l'île de Gorée les dépenses étaient de 2.920 livres. À Albreda il y avait un résident, un maître de langue et trois Laptots et dans l’île de Gambia, un maître de langue et deux africains.
À Podor, un chef de poste, un garde-magasin, quelques ouvriers, quelques Laptots et quelques africains.
Les coutumes payées en 1787 étaient de 3.589 Livres pour le Damel du Cayor; 4.915 Livres pour le Brak (Fara Penda Tegg Rella Mbodj) du Waalo; 4.333 Livres à l’Almamy des Fouls; 3.176 Livres au chef de Galam; 4.347 Livres au Roi des Trarza; 5.598 Livres au Roi des Brakna. Les coutumes à l'île de Gorée se montaient à 2.484 Livres.
Le total des dépenses, égal à 510.891 Livres fut réduit à 302.161 Livres en 1788.
En 1786, la Traite à Galam était de 766 esclaves africains, 4.170 Livres de morfil et 686 gros d’ or. Il y avait sur le Haut-Sénégal, 23 bâtiments, dont un au Roi, trois à la Compagnie, le reste appartenant aux habitants. Dans toute la colonie au Sénégal, 2.083 esclaves africains avaient été négociés.

Stanislas Jean Chevalier de Boufflers , qui avait rendu une première visite, sans conséquence, au Damel-Teigne du Cayor Birahima Fatim Penda Fall, en fit une seconde en 1786, dans la plaine de Gandiol, près de la barre.
La veille de cette rencontre, il envoya 50 soldats dresser des tentes sur le lieu désigné. Ils creusèrent autour du camp, un retranchement composé d’un fossé, de bastions, de courtines en terre; le tout était situé dans une presqu’île à l’ extrémité de la plaine.
Le lendemain matin, Stanislas Jean Chevalier de Boufflers s’embarqua avec une escorte de 50 hommes, pour prendre position à l’entrée de son camp. le Damel-Teigne Birahima Fatim Penda Fall avait envoyé quatre otages à Saint-Louis, se présenta avec une armée de 3.000 cavaliers et y entra, accueilli avec les honneurs militaires.
C’était un homme très grand et gros, âgé d’environ 60 ans. Stanislas Jean Chevalier de Boufflers lui offrit un déjeuner aussi splendide qu’il le pouvait et lui donna des présents traditionnels; des armes, un manteau rouge galonné d’ or, etc...
Ils renouvelèrent le Traité qui avait déjà été convenu une première fois. Le Damel-Teigne Birahima Fatim Penda Fall consentit à abolir le droit d’épave moyennant une augmentation de la coutume.
Un bâtiment de commerce s’était échoué à la pointe de Dakar, il fut immédiatement entouré par des africains armés, qui se préparaient à le piller, après avoir enchaîné l’équipage.
Un des employés de Saint-Louis, Geoffroy-Villeneuve monta dans une chaloupe avec cinq soldats et quelques matelots armés d’espingoles, se rendit auprès du bâtiment, y établit ses hommes et harangua en Wolof les africains qui s’apprêtaient à l’assaillir, leurs rappelant que le Damel-Teigne, Birahima Fatim Penda Fall avait signé avec la France un Traité abolissant le droit de bris.
Après une palabre accidentée, il reçut un renfort de 20 soldats et 20 matelots et quelques heures après, parvint à alléger le bâtiment, le remettre à flot et le ramener à l'île de Gorée.

En 1787, Geoffroy-Villeneuve, chargé de ménager la cession de la presqu’île du Cap-Verd, qui avait déjà été cédée deux fois en 1763 et 1769, signa avec Damel-Teigne Birahima Fatim Penda Fall un Traité, authentifié par écrit, et déposé au greffe de Saint-Louis.
Sur la demande de Stanislas Jean Chevalier de Boufflers, Geoffoy-Villeneuve visita l’isthme de Yok à Ben, puis de là, en avril 1787, il partit pour visiter le Cayor et le Baol.
Il était accompagné de 3 blancs et 4 africains, avec une petite caravane de 4 chevaux et 2 chameaux, il fit dans ce pays inconnu un voyage de 68 jours.
Il parvint à «Nguiguis», capitale du Damel-Teigne Birahima Fatim Penda Fall, qui le reçut bien et confirma le dernier Traité.
Il poursuivit vers le Djolof à cinquante lieues dans les terres, puis se dirigea au Sud-Est vers le Baol, atteignit Portudal et Joal, et parvint chez le Roi de Sine, d’où il revint le 17 juin 1787 à l'île de Gorée.

En avril 1787, Stanislas Jean Chevalier de Boufflers alla au Podor, rencontrer le Roi Maures Hamet Moctar, qui lui parut misérable et rapace, et après avoir renouvelé l’entente traditionnelle, il rentra à Saint-Louis, obligé de faire ramener son bateau à la cordelle.

En avril 1787, cinq ou six naufrages eurent lieu sur la Barre de Saint-Louis, les habitants coururent au pillage, Stanislas Jean Chevalier de Boufflers, en fit mettre 50 en prisons, puis les gracia.

En mai il se rendit à l' île de Gorée, qu’il trouva plus plaisante que Saint-Louis, et revint par terre en 8 jours.

Carte de l'île de Gorée en 1784 dressée par le Marquis de Lajaille - Source Gallica - BNF Clic...


En juillet 1787, Jean-Baptiste-Léonard Durand envoya une flotte à Galam, pour chargée, les 1.000 esclaves, l’ Or et le morfil qu’avaient accumulé Rubault. Quand elle arriva, les esclaves révoltés venaient de l’assassiné et toutes les marchandises pillées. Les africains du village voisin prétendirent n’avoir rien entendu de la lutte, et rien du du pillage.
Le Fort Saint-Joseph de Galam fut complètement abandonné.

Le 28 décembre 1787, un incendie éclata à Saint-Louis; il n’y avait ni pompe, ni seaux, ni haches; 60 cases flambèrent d’un coup, ils firent des abattis pour arrêter le feu, mais 140 maisons brûlèrent.

En 1787, le Stanislas Jean Chevalier de Boufflers quitte le Sénégal et son second François Blanchot de Verly major du bataillon d'Afrique, en assure le gouvernement intérimaire, jusqu'à sa nomination en 1788.
La Compagnie nouvelle du Sénégal et dépendances, qui fournissait aux dépenses militaires et d'administration, fut mise en liquidation le 23 janvier 1791, par un décret de l'Assemblée constituante, établissant la liberté du commerce, mais continua d'assurer les dépenses jusqu'en octobre 1791. Après cette date tout manqua. Le Bataillon d'Afrique composé de 378 hommes en 1787 et 240 en 1789, ne comptait plus que 91 hommes répartis entre Saint-Louis, l' l'île de Gorée et l'île Gambia.

En août 1793, à la suite d'une demande du capitaine Bourgneuf, envoyé en France par François-Michel-Emilie Blanchot de Verly, pour exposer la détresse des possessions et la nécessité de renforcer de 200 artilleurs, la garnison réduite à 84 hommes, le Ministre de la Marine, Jean Dalbarade s'aperçut qu'un bateau Le Henri, armé depuis 18 mois à Pauillac pour aller ravitailler la côte d'Afrique, n'était pas parti.Il le fit recharger et donna l'ordre de son départ qui semble n'avoir jamais été exécuté.

Le 16 Pluviôse de l'An II (4 février 1794), la Convention (montagnarde) proclame l'abolition de l'esclavage, réduisant encore plus les ressources de la colonie, qui n'était déjà plus approvisionnée depuis 18 mois.
Depuis le 1er janvier 1793, le faible contingent, qui constituait la troupe n'était plus payé. Le traitement des administrateurs était dû depuis 1792. Les 200 artilleurs, demandés à Paris pour venir renforcer la faible garnison composée de 84 hommes n'avaient pas été envoyés. Malgré tous ces contretemps, François Blanchot de Verly ne perdant pas de vue les intérêts de la Colonie, proposa la réoccupation de Podor. L'ile Saint-Louis étant devenu trop petite pour les habitants, il acheta à un des descendants de Jean Barre, moyennant le paiement de coutumes, les îles de Babaghé, de Safal et de Guéber, situées en aval de Saint-Louis. Il installa un poste à Babaghé, mais les habitants de Saint-Louis refusèrent de quitter leur île.

En 1797, une escadre anglaise, composée d'une Frégate et de 3 corvettes, bombarda l'île de Gorée. La garnison composé de 10 hommes commandés par Guillemin, premier lieutenant au Bataillon d'Afrique, et des habitants armés par ce dernier, obligea les anglais à se retirer. Il n'y eut qu'un tué et 4 blessés.

En l'An VII de la République (1798), les Maures, qui convoitaient depuis longtemps le Waalo sur la rive gauche du Sénégal, estimant le moment propice pour les chasser du fleuve, commencèrent une guerre qui devait ruiner le commerce de la Colonie pendant de longues années.

Le Directoire songe enfin à satisfaire à la demande de troupes faite depuis si longtemps et envoya au Sénégal un corps d'hommes de couleur, composé de mulâtres et d'africains de la Guadeloupe et de Saint-Domingue, qui devait moraliser les africains par leur exemple. Le Gouverneur avait ordre de profiter de ces renforts et de la présences des frégates qui l'amenaient pour conserver ou reprendre l'île de Gorée.

En Floréal de l'An VII (avril 1799), François Blanchot de Verly envoya au lieutenant Guillemin basé à Gorée 30 africains de Guadeloupe, mais une division anglaise de 2 vaisseaux, 3 frégates et un transport chargé de troupes, s'étant présenté devant Gorée le 5 avril 1800, suite au refus des habitants de se joindre à la garnison, le lieutenant Guillemin capitula avec les honneurs de la guerre. Le sous-lieutenant Alain put cependant, avec 20 hommes, gagner Dakar, puis par voie de terre, Saint-Louis.

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